
Film japonais
Genre : Poésie marine
Durée : 1h40
Scénario : Takeshi Kitano
Musique : Joe Hisaishi
Images : Katsumi Yanagishima
Avec Kurodo Maki (Shigeru), Hiroko Oshima (Takako), Sabu Kawahara, Susumu Terajima…
Synopsis : Shigeru, jeune éboueur sourd-muet, se découvre une passion pour le surf après avoir rafistolé une vieille planche abandonnée par quelqu’un. Sous les yeux de sa petite amie souffrant elle aussi du même handicap, le jeune homme va d’abord susciter rires et moqueries de la part des surfeurs plus aguerris. Mais ses progrès seront tels qu’il finira par gagner leur respect, dont il se fiche par ailleurs comme d’une guigne…
Mon avis : La mer, qu’on voit danser…
Après deux premiers longs métrages aux incontrôlables excès de violence, l’homme-orchestre Takeshi Kitano prend tout le monde à contre-pied en signant A Scene at the Sea, l’histoire d’un sourd-muet qui décide de se mettre au surf. Dès lors, le public découvre l’autre facette du cinéaste, son côté poète, qui transparaissait déjà dans certaines scènes de ses films précédents.
Sans doute un de ses films les plus épurés, ce troisième long métrage se présente comme une émouvante succession de tableaux où la beauté des images contraste avec le morne quotidien de son héros. Même quand il travaille comme éboueur, Shigeru semble constamment être ailleurs, dans un monde bien à lui. Son monde, on en a un bref aperçu avec cette quasi absence d’intrigue et de dialogues, volonté affirmée d’aller toujours à l’essentiel.
Il est également intéressant de s’arrêter un instant sur la relation qu’entretient Shigeru avec la mer, qu’il côtoie tous les jours par l’intermédiaire de son travail. Cette mer il la contemple sans jamais laisser deviner la moindre émotion. Le surf va alors s’avérer le moyen de s’en rapprocher, d’établir un contact. A cette relation on peut superposer celle de Kitano, terrorisé par la mer qu’il révère pourtant (elle apparaît dans tous ses films), et qui semble-t-il a fait de Shigeru son principal élément cathartique.
Mais ce film c’est aussi l’occasion pour le cinéaste de donner sa vision d’un Japon qu’on a trop l’habitude de voir, nous autres occidentaux, comme une succession de gigantesques mégalopoles, fourmilières dévorées par la haute technologie et une hyperactivité incessante. Ici c’est le Japon rural qui nous est présenté, le Japon des exclus, symbolisé par ce couple de sourds-muets. Dès lors, le fait de se retrouver régulièrement sur une plage, frontière entre continent et océan, cristallise le fossé qui existe entre japonais et japonais.
Au final, même s’il souffre de quelques légères maladresses, A Scene at the Sea se révèle une œuvre poignante, aux personnages particulièrement attachants, à la musique enivrante (Joe Hisaishi oblige) et qui prend aux tripes en fournissant un minimum d’efforts. Du très beau cinéma.
Note : 9/10