Fiche technique

Film espagnol
Date de sortie : 12 mai 2004
Genre : Souvenirs sodomites
Titre original : La Mala educacion
Durée : 1h50
Scénario : Pedro Almodovar
Musique : Alberto Iglesias
Photo : José Luis Alcaine
Avec Gael Garcia Bernal (Angel, Juan, Zahara), Fele Martinez (Enrique Goded), Javier Camara (Paquito), Daniel Gimenez Cacho (le père Manolo)…

 

Synopsis : Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l'amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années soixante. Le père Manolo, directeur de l'institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes. Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980. Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l'un d'entre eux. (Allociné)

 

Mon avis : Dis-moi qui tu aimes, je te dirais qui tu es…

 

Almodovar fait partie de ces rares réalisateurs qui s’assagissent en vieillissant tout en se bonifiant. La verve érotique et transgressive qui fit le succès de ses premiers films s’est peu à peu changée en mythe libertaire qu’on retrouve par touches subtiles dans ses productions plus récentes. Au lieu de simplement vouloir faire réagir son public, le réalisateur ibérique entend lui secouer les tripes grâce à la machine cinéma et une direction d’acteurs toujours impeccable.

 

Depuis plus de dix ans Almodovar traînait avec lui ce boulet, cette histoire qu’il décrit comme « en partie autobiographique ». Un accouchement long et douloureux pour décider si oui ou non il allait inviter le spectateur à voyager dans les souvenirs de son pseudo double fictionnel. C’est donc logiquement qu’une nouvelle intitulée « La visite » s’inscrit comme fil directeur de son récit. Et c’est avec un plaisir certain qu’on se laisse prendre par la main avant d’être lâché subitement au cœur de ce film noir.

 

Film noir car la manipulation fait partie intégrante de cette histoire. L’inévitable femme fatale se change en homme fatal tandis que le héros devient deux puis trois (formidable Gael Garcia Bernal). Grâce à un récit qui passe par trois périodes clés dans l’histoire espagnole, Almodovar stigmatise à sa façon et règle probablement ses comptes avec l’obscurantisme lié au franquisme. La liberté soudaine de la population souligne également son cruel manque de repères, subitement livrée à elle-même et sans aucun moyen de savoir quelles nouvelles limites se fixer. Bref, un film maîtrisé d’un bout à l’autre avec lequel Almodovar nous rappelle toute l’étendue de son talent.

 

Note : 8/10