Fiche technique
Titre original : El Laberinto Del Fauno
Film espagnol
Date de sortie : 01 Novembre 2006
Genre : Fantastique, Epouvante-horreur
Durée : 1h52min
Scénario : Guillermo Del Toro
Musique : Javier Navarrete
Directeur de la photographie : Guillermo Navarro
Avec: Ivana Baquero, Doug Jones, Sergi Lopez...
Synopsis : Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté...
Mon avis : J'ai eu le plaisir de pouvoir découvrir ce film en avant première mondiale au festival de Cannes et je me suis dit qu'il serait dommage de garder ce film rien que pour moi, du coup je vous donne mon avis histoire de vous faire saliver jusqu'au 01 Novembre...
Bien que Le Labyrinthe de Pan soit classé dans le genre fantastique-horreur, c'est avant tout un film sur les réalités de la Seconde Guerre Mondiale en Espagne. Ce film pourrait se resumer par : l'irréel est une folie, mais le réel l'est encore plus... Dans ce cas là, que choisir ? Bien sûr, le sujet de la fuite dans un monde imaginaire pour échapper à l'horreur de notre vie n'est pas un sujet nouveau. Dernierement par exemple Le Monde de Narnia a exploré à quelque chose près les mêmes chemins que ce labyrinthe. Sauf que ce qui fait toute la différence ici, c'est que c'est bien traité ! C'est ce qui fait un bon ou un mauvais film d'ailleurs et je "classe" celui-ci dans les bons ! En tant que fan de fantastique, je ne suis peut-être pas très objectif, mais ce film m'a vraiment plût du début à la fin. Les acteurs jouent plutôt pas mal, les personnages sont un peu caricaturaux mais j'imagine qu'ils sont quand même assez représentatifs de l'époque. Au niveau de la partie fantastique, il faut bien parler de "partie fantastique" parce-qu'il y a au moins la moitié du film qui ne l'est pas. Les créatures sont visuellement terriblement impressionnantes, de même que les décors ! D'ailleurs j'ai cru voir le nom de Weta dans le générique (la boite d'effets spéciaux de Peter Jackson pour King-Kong par exemple) ... info à vérifier, je ne suis pas sûr. J'ai presque été déçu de ne pas en voir plus de ce monde magique ! Il y a déjà assez peu de créatures et en plus certaines ont à peine le temps d'être présentées que c'est déjà fini, mais ça ne donne qu'envie d'en savoir plus et de se poser des questions.
Un petit conseil, c'est loin d'être un film pour les enfants, il y a des scènes d'une rare violence qui ne font d'ailleurs que renforcer la puissance du film, mais elles sont aussi capable de faire tourner de l'oeil plus d'un(e) spectateur(ice)... Chose étrange, pendant la projection, lors d'une scène des plus affreuse, le public à applaudit... effet Cannes oblige ? Mais c'est sûr qu'il fallait oser un scène pareille (que je vous laisse le plaisir de découvrir). Ne prenez tout de même pas peur, certains effets ne sont peut-être là que pour le "fun" (les trucs gores). D'autres le sont pour un souci de réalisme je pense. Guillermo Del Toro est peut-être celui sur qui il faudra compter pour nous offrir de bons films fantastiques ! Ce n'est tout de même pas un novice en la matière, Mimic était particulièrement réussi j'ai trouvé, de même que Blade 2 qui est d'un bien meilleur niveau que le premier opus... Hellboy aussi, qui est d'assez loin l'une des adaptations de comics les plus réussies. En tout cas ce Labyrinthe est sûrement le film que j'ai le plus apprécié de tous, bien que je n'en ai pas plus vu de ce réalisateur. Visiblement ce film se rapproche plus de "L'échine du diable", son meilleur film d'après pas mal de critiques et de fans, mais que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir (ceci n'est qu'une question de temps). En tout cas si vous avez envie de vous plonger dans un film sombre et fantastique c'est sans doute LE film qu'il ne faudra pas louper en novembre.
PS : N'en attendez quand même pas la lune, c'est toujours une déception un film que l'on attend trop !
Note : 8/10










Commentaires
La première chose qu'on a envie de dire après avoir vu Le Labyrinthe de Pan, c'est de ne pas se fier à l'affiche, et encore moins à la phrase accrocheuse qui y figure ("L'innocence est plus forte que le mal").
Mettons-nous à la place des parents qui désirent emmener leurs enfants voir un film gentillet. Ou alors on peut aussi devenir ces charmants bambins qui, charmés par le poster où figurent une petite fille (presque habillée comme le Chaperon Rouge) une forêt digne de conte de fées (d'ailleurs y a aussi une fée) et un titre assez poétique, supplient papa et maman d'aller voir ce qui, au premier abord, ressemble à une énième production Disney.
Seulement, il y a une tâche dans ce si beau portrait : le film est interdit aux moins de 12 ans. Un hasard? Peut-être pas. Le film débute avec un bref rappel historique et le prologue d'un conte pour enfants (une princesse perdue que son père cherche à retrouver). Et là, le drame. Tout roule jusqu'à la dixième minute où le grand méchant massacre deux paysans sans raison apparente avec une sauvagerie rarement vue à l'écran. A partir de cet instant, si la joyeuse famille n'a pas quitté la salle, les parents peuvent être considérés comme irresponsables (à supposer que leur progéniture n'ait pas été refoulée à l'entrée suite à la restriction d'âge). Et ce n'est pas le soupçon de féerie entourant la jeune Ofelia (la petite fille de l'affiche) qui pourra faire oublier la bataille que se livre l'armée franquiste et les rebelles (tortures, meurtres, explosion).
Le Labyrinthe de Pan cloue littéralement sur place. La première raison, c'est la surprise dont on gratifie le spectateur qui se retrouve à regarder un film de guerre alors qu'il pensait aller voir un film fantastique. La deuxième est bien évidemment la maîtrise technique du film, que ce soit la justesse de l'interprétation (Sergi Lopez), l'ambiance froide limite morbide et les effets spéciaux (le Faune est impressionnant) .
Difficile de décrire plus cette gigantesque claque que nous livre Guillermo Del Toro, un réalisateur Mexicain qui représente la nouvelle vague du cinéma hispanique avec Alfonso Cùaron. Le Labyrinthe de Pan s'affirme comme le film le plus personnel du bonhomme, et c'est plus que mérité qu'il ait été présenté au festival de Cannes de 2006 dans la sélection officielle, bien qu'il n'ait pas été récompensé.
Guillermo Del Toro a déclaré que ce projet datait d'il y a plus de vingt ans et qu'il aurait désiré en faire son premier film s'il avait eu le budget nécessaire, même si à l'époque, l'histoire était légèrement différente et bien plus méchante (cela aurait été la femme enceinte qui découvrait le labyrinthe ainsi que le faune avec lequel elle aurait une aventure...).
Le Labyrinthe de Pan surprend aussi par la violence des affrontements militaires/rebelles. Plus que Ofelia et le labyrinthe, c'est bel et bien le contexte historique le véritable intérêt du long-métrage, mis en parallèle avec l'intrigue fantastique, elle aussi dotée d'une maturité étonnante (le monstre avec les yeux dans les mains). Le tout est de mettre en relation un monde enchanteur avec la dureté de la vie (transition enfant/adulte), ce que la mère d'Ofelia ne cessera de répéter à sa fille pour qu'elle arrête de lire les contes de fées.
Le film doit aussi beaucoup à ses personnages, et notamment à ses monstres, dont le plus effrayant restera sans doute l'humain le plus détestable du moment, le capitaine Vidal (Sergi Lopez), un militaire despotique, froid, cruel et obsédé par l'héritage qu'il laissera à son fils. On a droit ainsi à une pure incarnation du mal, une figure terrifiante du fascime. On peut presque dire que le cinéma a un nouveau grand méchant à mettre dans son palmarès à côté de Dark Vador (j'exagère un peu...).
Le Labyrinthe de Pan s'affiche sûrement comme le dernier chef-d'oeuvre en date. Ne vous fiez pas à sa jolie affiche, car vous seriez déçu, mais regardez au-delà et admirez un des meilleurs de ces dernières années.
10/10
Certains se souviennent peut-être de La Forteresse Noire de Michael Mann qui osait déjà le pari (là aussi réussi) de confronter des soldats nazis au surnaturel dans un film particulièremen t sombre et violent. Ici, le cinéaste nous parle de la guerre, de ce que la réalité de l'homme a fait de pire depuis qu'il s'est dressé sur ses jambes. Une guerre (les derniers soubresauts de la lutte contre Franco) vue à travers les yeux d'une enfant qui préfèrera se réfugier dans un univers surnaturel tout aussi inquiétant plutôt que d'affronter la sinistre réalité (une mère malade, un père disparu et un beau-père monstrueux).
Et c'est dans cette projection "féérique" que le film révèle une dimension insoupçonnée vraiment remarquable. Peuplé de monstres aux allures effrayantes, le labyrinthe fait pourtant figure de refuge si on le compare au camp du capitaine Vidal, sans conteste le véritable monstre du film puisqu'à l'origine de toutes les scènes éprouvantes dont ce dernier regorge. Le fils du chasseur vous en dira des nouvelles...
Bref, un peu à la manière d'un Freaks, les monstres ne sont clairement pas ceux que l'on croit. En outre, empruntant forcément beaucoup aux contes de fées (pas l'édulcoration Disney mais les vrais contes de fées pour la plupart d'origine germanique, ceux où l'on meurt le plus souvent dans d'atroces souffrances), le film joue beaucoup avec les codes. Ainsi, la jeune héroïne devra s'abstenir de boire et manger (Alice...). Quant à Vidal, il est intimement lié à une montre à gousset (le lapin que poursuit Alice...). Etc, etc, etc... On sent à chaque plan, dont l'esthétique est toujours très soignée, que c'est un projet mûrement réfléchi qui a finalement vu le jour. Et c'est tant mieux. Ce Labyrinthe de Pan ferait presque figure d'oeuvre d'art.
Note : 9/10
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