Fiche technique

Film américain
Date de sortie (France) : 11 janvier 1995
Genre : Adaptation digne de ce nom
Titre original : Mary Shelley’s Frankenstein
Durée : 128 minutes
Scénario : Steph Lady et Frank Darabont
D’après l’œuvre de Mary Shelley
Musique : Patrick Doyle
Photo : Roger Pratt
Avec Kenneth Branagh (Victor Frankenstein), Robert De Niro (la Créature), Helena Bonham Carter (Elizabeth), Ian Holm (Baron Frankenstein), Tom Hulce (Henry Clerval)…

 

Synopsis : Le capitaine Walton a utilisé toute sa fortune pour organiser l'expédition qui le mènera au Pôle Nord. Un jour, alors que son navire est pris dans la glace, un mystérieux ermite les rejoint et les somme de faire demi-tour, sous peine de rencontrer plus loin un monstre... Cet ermite se présente au capitaine comme étant Victor Frankenstein, et il lui raconte son histoire...

 

Mon avis : Mary Shelley's Frankenstein est une oeuvre belle que je trouve aussi particulièrement affreuse. C'est sur cette phrase d'introduction que j'ouvrirai mon petit article sur cette adaptation de l'oeuvre de Mary Shelley. Plus qu'une histoire, Frankenstein s'est rapidement imposé en tant que mythe littéraire et cinématographique avec notamment Boris Karloff, première créature du nom. A noter que Frankenstein n'est pas la créature mais le créateur, l'erreur étant souvent faite inconsciemment, y compris par moi-même...

 

Le but de ce petit billet est de vous faire connaître le film Mary Shelley's Frankenstein, réalisé et interprété par Kenneth Branagh. A noter également dans la distribution Robert De Niro (qu'on ne présente plus), John Cleese (un des Monty Python), Helena Bonham Carter (Fight Club et également ex-femme de Tim Burton), Ian Holm (Le Seigneur des Anneaux, Alien)... Bref, que du beau monde, presque à 100% britannique, puisque mine de rien, Kenneth Branagh est un Britannique habitué à adapter les pièces de Shakespeare (Hamlet). On l'aura également vu dans Harry Potter & la Chambre des Secrets ou encore Wild Wild West.

 

En 1994, l'Anglais s'attèle à la réalisation de Mary Shelley's Frankenstein, sous la production de Francis Ford Coppola (Le Parrain, Apocalypse Now) qui vient juste de réaliser son Dracula avec Gary Oldman (le bonhomme était-il dans sa période "et si je réadaptais tous les monstres du cinéma"). Considéré comme un échec par Kenneth Branagh, Mary Shelley's Frankenstein est pourtant une oeuvre intéressante, à défaut de paraître comme une grosse machine hollywoodienne vieillissante.

 

Visuellement, c'est... foisonnant. Il n'y a pas à dire, la reconstitution de l'époque est convaincante. C'est sale, pauvre, triste, les contrastes entre la bourgeoisie et le petit peuple sont bien rendus. A ce titre, c'est la première fois où je vois un film aux contrastes aussi profonds. Les couleurs, les sentiments, les éclairages... Ce n'est pas toujours beau, mais ça a le mérite d'avoir tenté d'être inventif. Les maquillages sont très réussis, certaines scènes sont difficiles ; on pourra reprocher au réalisateur d'avoir bien mis en valeur tous les passages saignants (couture du cou, décapitation, pendaison), tantôt visuellement, tantôt « sonoriquement » (ça existe, ce mot ?) avec Victor qui tranche un crâne avec un bruit de... pomme coupée en deux (authentique !). On aura beau dire qu’il y a surenchère et violence gratuite, il y a toujours le prétexte du bien de la science !

 

Mais ne nous éloignons pas, nous étions dans le côté visuel du long-métrage. Qui dit visuel dit aussi réalisation, et cette dernière est assez... enfin, c'est pas désagréable mais la caméra est trop mouvante, elle veut trop se la péter avec ses mouvements circulaires, de même que le montage est parfois trop trop rapide (les scènes en Arctique), ce qui a pour effet de décrédibiliser certaines scènes. Les décors sont quant à eux plutôt réussis bien que l'on a tendance à sentir les arrières-plans artificiels qui ont pris la poussière (tout est grisâtre). En fait, au niveau technique Mary Shelley's Frankenstein a légèrement tendance à vieillir, tout comme l'histoire où on confond aujourd'hui le créateur avec la créature.

 

Pourtant, cela ne va pas à l'encontre de la qualité du film car ces petits défauts accentuent l'ambiance particulière qui règne dans cette atmosphère de XVIIIe siècle. J'ai oublié de parler des couleurs. Alors soit il y a un travail particulier dessus, soit il y a eu heureux hasard car opposer ainsi les couleurs vives de la bourgeoisie avec celles de la pauvreté, c'est quand même beau. De même qu'à chaque fois que Frankenstein donne vie à une créature, les couleurs orangées rappellent fortement les vidéos que l'on peut voir d'un bébé qui prend forme dans le ventre de sa mère (vous saisissez l'idée ?). Ou encore quand le petit William tout de rouge vêtu, petit blondinet innocent aux joues roses, se retrouve face à la créature balafrée habillée avec un long manteau gris-bleu à moitié déchiré...

 

Quant à la musique de Patrick Doyle, c'est une magnifique bande sonore. Très classique, lyrique et romantique, mais sachant aussi être violente et mouvementée, le compositeur livre un travail simple et efficace. On pourra juste reprocher à la musique d'être parfois trop présente, mais elle est si belle que ça s'oublie.

 

Fidélité par rapport à l'oeuvre originale, à présent. Si l'histoire prend pas mal de libertés, elle a le mérite d'être cohérente et de garder l'essentiel. Les libertés prises sentent le "made in Hollywood" notamment avec le mentor Woodman, interprété par John Cleese, ou encore la scène finale avec Elizabeth. On ne pourra trop le reprocher au scénariste car le film était censé être une grosse production (Francis Ford Coppola pas loin quand même).

 

Au final, que retenir de Mary Shelley's Frankenstein ? Un film qui n'a pas eu le succès qu'il méritait, mais il a le mérite et ce pour beaucoup de gens dont moi d'aborder le thème du savant fou avec beaucoup d'humanité, il en est d'ailleurs de même avec la créature. Sans doute une des meilleures et des plus réalistes adaptations de Frankenstein. Chapeau, Mr Branagh !

 

Note : 9/10