Fiche technique
Film américain
Titre original : Notorious
Genre : espionnage mélodramatique
Durée : 1h41
Scénario : Ben Hecht
Musique : Roy Webb
Directeur de la photographie : Ted Tetzlaff
Avec Cary Grant (T.R. Devlin), Ingrid Bergman (Alicia Huberman), Claude
Rains (Alexander Sebastian), Louis Calhern (Paul Prescott), Reinhold
Schunzel (Dr Anderson), Leopoldine Konstantin (Mme Sebastian)…
Synopsis : Alicia, fille d'un espion nazi, mène
une vie dépravée. Devlin lui propose de travailler pour les Etats-Unis
afin de réhabiliter son nom. Elle épouse donc un ancien ami de son père
afin de l'espionner. Devlin et elle s'aiment sans oser se l'avouer,
attendant chacun que l'autre fasse le premier pas. (allocine)
Mon avis : Amours contrariées sous couvert d’espionnage
Comment transformer une banale histoire d’espionnage des plus
classiques pour en faire un film captivant et original ? Pour cela,
faites appel à Alfred Hitchcock. Car il faut bien l’avouer le scénario de Notorious
ne brille pas par son originalité : en gros deux espions qui se voient
sacrifier leur amour naissant au nom de la raison d’état. Même le
fameux Mc Guffin, ressort dramatique de tout film à suspense, passe
allègrement à la trappe, Hitchcock lui-même avouant qu’il
s’en fichait éperdument. Ce qui compte ici ce sont les relations
ambiguës qu’entretiennent les trois personnages principaux du film
interprétés par Cary Grant, Ingrid Bergman et Claude Rains.
Alicia Huberman est la fille d’un industriel allemand condamné pour
participation à l’effort de guerre contre les Alliés. Frivole, elle se
remet de la nouvelle en faisant la fête avec des amis quand elle
rencontre Devlin, un bel inconnu qui va s’occuper d’elle après une
cuite de plus. Mais elle va apprendre bien vite que celui-ci a des
intentions bien moins désintéressées qu’elle ne le pensait : espion
américain, il compte sur elle pour coincer un des associés de son père.
Direction le Brésil où la belle doit séduire le riche homme d’affaire
et découvrir ce qu’il trame. Ce qu’ils ne prévoyaient ni l’un ni
l’autre, c’est l’attirance qu’ils éprouvent peu à peu l’un envers
l’autre.
Et c’est la virtuosité de la mise en scène qui fait des Enchaînés
l’un des meilleurs films du maître du suspense. Les scènes s’écoulent
les unes après les autres avec une fluidité exemplaire et la tension
dramatique est habilement entrecroisée avec les destins des
protagonistes. L’accumulation de prouesses techniques, loin d’être
lourde et tape-à-l’œil, sert parfaitement le récit. On peut citer la
scène de l’empoisonnement où nous est suggéré habilement par un effet
de mise en scène le trouble ressenti par l’héroïne qui se sent peu à
peu prise au piège. Ou bien la fameuse scène du baiser où Hitchcock
contourne malicieusement les règles de l’époque pour la faire durer
plus d’une minute. Mais tout ça s’insère tellement bien dans le film
qu’on éprouve une impression de naturel presque déconcertant de
perfection. Les effets musicaux discrets qui culminent vers la fin
ainsi que la photographie élégante de Ted Tetzlaff participent au charme qui se dégage du film.
Enfin bien sûr on ne peut pas parler de Notorious sans évoquer ses acteurs. Le couple Cary Grant / Ingrid Bergman
est tellement logique qu’on s’étonne qu’il n’ait pas été plus exploité
que ça au cinéma. Elle dévoile ici une facette inédite de son jeu :
délaissant sa froideur toute nordique elle se lâche ici un peu dans ce
rôle d’apparente légèreté mais qui ne manque pas de profondeur. Lui est
pour une fois tout en retenue, moins mutin qu’à l’accoutumée mais
encore une fois parfait. Le reste du casting nous réserve toute une
bande de méchants aux mines patibulaires (mais presque) dont
l’excellent Claude Rains en époux dominé par une mère
tyrannique (tiens tiens, encore un…). Si on peut lui préférer la
perfection d’autres chef d’œuvre du réalisateur, Les enchaînés n’en reste pas moins un des sommets des films à suspense qu’on a parfois tendance à sous-estimer.
Ma note : 9/10










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