Fiche technique
Date de sortie : 4 décembre 2002
Film français
Genre : Casse-dalle esthétique
Son de Jérôme Aghion
Durée : 1h31min
Image de Pierre Barougier
Scénario et dialogues : Marina de Van
Avec : Marina de Van (Esther), Laurent Lucas (Vincent), Léa Drucker
(Sandrine), Marc Rioufol (Henri), François Lamotte (Pierre), Adrien de
Van (l’interne)…
Synopsis : Esther (Marina de Van), trentenaire au mieux de sa forme, sentimentalement et professionnellement, se blesse gravement à la jambe durant une soirée. Elle ne s’en rend compte que plusieurs heures plus tard, après avoir bien dégueulassé la moquette. Se développe alors chez elle une véritable fascination pour sa blessure qu’elle entretient avant d’entreprendre de s’en faire d’autres. Tout cela bien sûr elle le cache à son entourage, et s’enfonce chaque jour un peu plus dans sa folie auto-mutilatrice…
Mon avis : Dans la peau de Marina de Van…
Pour ceux qui ont vu l’excellent Sitcom de François Ozon, vous vous souvenez peut-être d’une petite blonde qui terminait le film en fauteuil roulant, ce qui ne l’empêchait pas de participer à des réunions SM sous le toit de ses parents. Cette petite blonde, Marina de Van, est depuis devenue une habituée des plateaux de tournage d’Ozon, pour qui elle a co-écrit plusieurs scénarios, notamment celui de Sous le sable. L’écriture n’était pas suffisante à son goût pour s’exprimer pleinement, elle décide alors de passer à la réalisation de courts-métrages. Parmi eux, le très remarqué Alias en 1998. Avec Dans ma peau, elle signe son premier long métrage, où elle se met également en scène. Un choix que l’on peut facilement comprendre. En effet, difficile d’imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle d’Esther. A la rigueur Béatrice Dalle depuis le superbe Trouble Every Day de Claire Denis. Il lui aurait manqué néanmoins la fragilité qui émane de Marina de Van.
S’inspirant d’un traumatisme d’enfance, elle a eu la jambe écrasée par une voiture quand elle avait huit ans, Marina de Van, également scénariste du film, semble vouloir à travers ce premier long analyser en profondeur la relation qu’elle entretient avec son corps depuis cet accident. Pour cela, elle se livre à l’objectif de la caméra sans la moindre pudeur effective, faisant du spectateur un voyeur malgré lui. Certaines scènes sont à la limite du soutenable, les maquillages étant particulièrement réussis. Pourtant, on est fasciné par ce spectacle morbide, viscéralement captivé par cette femme qui semble atteindre un autre degré de conscience à mesure qu’elle se dévore, aussi bien mentalement que physiquement. A cet effet, l’usage du split-screen (division de l’écran) illustre cette volonté de la réalisatrice de déchirer l’image comme elle le fait en labourant ses chairs avec tout ce qui traîne. Et comme le disait Rousseau, il n’y a point naturellement pour l’homme de médecin plus sûr que son propre appétit.
L’impact de sa blessure sur son entourage est particulièrement intéressant. Sandrine, sa vieille copine et collègue de bureau, ose à peine regarder au début, puis n’arrive plus à détacher ses yeux de cette plaie à peine refermée. Vincent lui ne supporte pas la vue de la jambe d’Esther. Il se doute de quelque chose mais semble ne pas vouloir se l’avouer. Sur le point d’acheter un appartement avec elle, venant tout juste d’obtenir un emploi bien rémunéré, il semble refuser la possibilité d’une rupture. Bien entendu, le silence d’Esther ne fait qu’accentuer ce malaise qui s’installe dans le couple où toute tentative de communication semble désormais vouée à l’échec. Saluons au passage les excellentes contributions de Léa Drucker et Laurent Lucas. Déjà au générique des deux films de Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien et Lemmings) et du Calvaire de Fabrice du Welz, ce dernier semble toujours partant dès qu’il s’agit de s’investir dans un projet qui sort de l’ordinaire. Et dans le genre ce film est un morceau de choix.
Les points forts : Marina de Van signe donc un premier film de toute beauté. Coup d’essai, coup de maître, comme on a pu le lire dans Première. Marina de Van, un nom qu’il faudra désormais surveiller de très près.
Les points faibles : La fin un peu trop elliptique.
Ma note : 8/10









