
Fiche technique
Film américain
Genre : Guerre
Titre original : Fixed Bayonets !
Durée : 1h30
Scénario : Samuel Fuller, légèrement inspiré par le roman de John Brophy
Musique : Roy Webb
Directeur de la photographie : Lucien Ballard
Avec Richard Basehart (Caporal Denno), Gene Evans (le sergent Rock), Michael O’Shea (le sergent Lonergan), Craig Hill (le lieutenant Gibbs), Skip Homeier (Whitey), James Dean (un soldat)…
Synopsis : Sur le front coréen, en 1951. Les troupes américaines sont en partie contraintes de se retirer sous la pression des forces communistes. Le général Allen doit battre en retraite avec 15 000 hommes. Une escouade de 48 hommes emmenée par le lieutenant Gibbs est envoyée pour masquer la réalité de ce repli. Les hommes doivent tenir bon face à l'ennemi et dans le froid. Le caporal Denno voit ses supérieurs mourir les uns après les autres et doit alors prendre en charge le commandement de l'unité dont il fait partie. (Allociné)
Mon avis : « Tu tires pas sur un homme, mais sur l’ennemi »
Samuel Fuller est encore à ses débuts quand il écrit et réalise Fixed Bayonets, l’histoire de 48 hommes sacrifiés pour en sauver 15 000. En plein dans l’actualité de l’époque, puisque la guerre de Corée faisait alors rage depuis plus d’un an, le film de Fuller ne véhicule pourtant aucune idée allant dans le sens d’une glorification de la guerre ou tout du moins de l’armée américaine. Au contraire, c’est une guerre sale qui nous est présentée, sans pitié. Une guerre où l’on peut d’une minute à l’autre se retrouver agonisant au milieu d’un champ de mines ou bien obligé de se charcuter tout seul, le « médic » venant d’expirer.
Lui-même vétéran de l’armée américaine et ayant participé à trois débarquements, Fuller savait de quoi il parlait, et ça se voit. Loin d’être un simple film de guerre, Fixed Bayonets s’intéresse au sort d’une formation ayant récolté probablement le rôle le plus ingrat qui puisse être dans l’armée, celui d’arrière-garde. Autrement dit, tenir en respect l’ennemi le plus longtemps possible tandis que vos compagnons d’armes sont en train de se replier. Dès lors, la psychologie de ces « élus » ne fait plus qu’une avec le récit. Fuller le sait, l’ayant sans doute déjà vu ou vécu, et c’est dans ce sens qu’il s’attache à filmer sa poignée de héros.
Ainsi, une des scènes les plus marquante du film nous montre les derniers hommes en train de se replier suivis du regard par les 48 chargés de faciliter ce repli, avec nombre de gros plans sur des regards à la fois chargés de haine et d’envie. Et au milieu d’eux, un homme qui n’est pas à sa place, le caporal Denno. Traumatisé par une erreur de jugement commise à l’école des officiers et qui a causé une amputation, Denno vit dans la peur de commander et de devoir tuer. Et comme le lui dit un de ses supérieurs avant de se faire tuer : « Être général demande de la cervelle, mais surtout des tripes. » Or, Denno est pourvu des deux, seulement prendre la vie d’un homme est au-dessus de ses forces, même en sachant que l’autre n’hésitera pas lui.
Pour un jeune réalisateur encore peu expérimenté, Samuel Fuller signe avec Fixed Bayonets une œuvre intense, d’une grande lucidité sur la cruelle nécessité de la guerre, et qui dénote déjà d’un talent sans commune mesure pour la mise en scène. Et puis pour la petite histoire, on peut y apercevoir James Dean dans une de ses premières apparition sur grand écran.
Note : 9/10