Film espagnol
Date de sortie : 26 décembre 2001
Genre : Maison hantée
Titre original : The Others
Durée : 1h45
Scénario : Alejandro Amenabar
Musique : Alejandro Amenabar
Photo : Javier Aguirre Sarobe
Avec : Nicole Kidman (Grace), Fionnula Flanagan (Bertha Mills), Christopher Eccleston (Charles), Alakina Mann (Anne), James Bentley (Nicholas), Eric Sykes (Mr Tuttle), Elaine Cassidy (Lydia)…
Synopsis : La Seconde Guerre Mondiale vient de prendre fin. Dans son immense maison victorienne située sur l’île de Jersey, Grace désespère de voir revenir son mari Charles parti au front il y a cinq ans. De plus, elle doit veiller sur ses enfants, Anne et Nicholas, qui souffrent d’un étrange mal, ils sont allergiques à la lumière. Le trio condamné à l’obscurité va voir l’arrivée d’un autre trio, de domestiques celui-là, venus proposer leurs services. Ils tombent à pic, Grace cherchait justement du personnel suite à la disparition de ses anciens domestiques. Peu de temps après, de curieux phénomènes vont ébranler la tranquillité de la maison…
Mon avis : La Terreur possède désormais un nom : Amenabar
On se souvient tous de la petite bombe Sixième sens lâchée par M. Night Shyamalan en 1999 qui réconcilia le public avec le genre fantastique, et plus particulièrement les histoires de fantômes. Ce succès remarquable était possible d’une part grâce à un scénario brillant et une mise en scène chirurgicale, d’autre part grâce à une interprétation impeccable de Bruce Willis et Haley Joel Osment. C’est un peu la même chose qui s’est produite pour le réalisateur espagnol Alejandro Amenabar. Après son premier long Tesis, il fait la connaissance de Tom Cruise lors du tournage de son second long, Ouvre les yeux, ensuite remaké par Cameron Crowe sous le titre Vanilla Sky avec en tête d'affiche Tom Cruise. Dès lors, la star hollywoodienne devient producteur exécutif du nouveau projet d’Amenabar, et lui obtient du même coup les services de sa chère et tendre (à l’époque), Nicole Kidman. Restait à trouver les deux enfants, entreprise périlleuse qui nécessita plusieurs mois de casting.
Tout comme son homologue américain (Shyamalan), Alejandro Amenabar excelle dans l’art de produire un maximum d’effet avec un minimum de moyens. Une porte qui claque, une colossale bâtisse victorienne prisonnière du brouillard et constamment plongée dans le noir, un air de piano joué au beau milieu de la nuit, il n’en faut pas plus au réalisateur ibérique pour créer un effet d’attente considérable et confronter le spectateur à ses angoisses les plus profondes, celles qui ne guérissent jamais. Armé d’un scénario redoutable et profitant de son véritable don pour la mise en scène, Amenabar éclaire ses trois petites bougies (Kidman et ses deux enfants) pour que s’y reflètent la peur et la terreur que l’on partage le plus souvent avec elles. Dès les premières minutes nous voilà pris au piège de cette maison, de ces murs et de ces portes si nombreuses, et surtout de cette obscurité qui réveille en nous des peurs ancestrales.
Sans me risquer à dévoiler la fin du film, j’aimerais simplement attirer votre attention sur une chose qui m’a marqué, le chiffre trois. Grace est une femme très pieuse, préparant ses enfants pour leur première communion, et veillant à ce qu’ils se conforment toujours aux commandements de Dieu. D’ailleurs les enfants ne quittent jamais leurs chapelets. Convaincue de l’existence de Dieu, Grace aimerait communiquer sa foi à ses enfants, ce qui s’avère beaucoup plus difficile que prévu. J’en viens donc au chiffre trois, qui dans la religion chrétienne est synonyme de Trinité, autrement dit Dieu divisé, ou plutôt démultiplié en trois entités, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Cette Trinité est d’ailleurs évoquée dans le film et mis à mal par les enfants. Or, Grace et ses enfants sont trois, tout comme les trois domestiques qui viennent proposer leurs services. Ils sont momentanément quatre, mais redeviennent rapidement trois. Mais ce chiffre trois correspond aussi, dans la Bible, à l’épisode où Pierre renie le Christ par trois fois comme ce dernier le lui avait prédit. Un chiffre qui sert donc à nier l’existence de quelque chose.
« L’enfer ne peut attaquer les païens » s’écriait Rimbaud dans Nuit de l’Enfer. Le poète maudit s’est longuement demandé, suite à ses hallucinations, quel camp il devait choisir. La question du Bien et du Mal, des méchants et des gentils, est également posée dans le film par les enfants. Toutes ces interrogations, tout ces flous volontairement accentués par le réalisateur, dénotent une volonté chez lui d’abolir les frontières entre monde des vivants et monde des morts, une sorte de no man’s land métaphysique où les repères se confondent, s’étiolent et s’effacent à travers le chaos généré par les sens en ébullition car désordonnés. Les Autres est un film d’une intelligence rare qui, plutôt que d’adopter un point de vue ou son contraire, décide d’opter pour une tout autre alternative, ouvrant de ce fait un nouveau champ de réflexion. Porté par une Nicole Kidman qui réussit le petit exploit de nous communiquer ses doutes et sa terreur sans ménagement, le film d’Amenabar s’impose comme une nouvelle référence en matière de fantastique.
Note : 10/10











Commentaires
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.