Fiche technique
Film américain
Date de sortie (France) : 24 mai 1972
Genre : Retour vers l’enfer
Titre original : Slaughterhouse-Five
Durée : 1h44
Scénario : Stephen Geller
D’après le roman « Slaughterhouse-Five or the Children’s Crusade » par Kurt Vonnegut Jr
Musique : Glenn Gould
Photographie : Miroslav Ondricek
Avec Michael Sacks (Billy Pilgrim), Ron Leibman (Paul Lazzaro), Eugene Roche (Derby), Sharon Gans (Valencia), Valerie Perrine (Montana Wildhack)…
Synopsis : Billy Pilgrim mène une vie heureuse avec sa femme Valencia. Mais sa conduite inquiète de plus en plus sa fille Barbara, son gendre Stanley et son fils Robert de retour du Viêt-nam. En effet, Billy a le don de voyager dans le temps. Il se revoit soldat au cours du deuxième conflit mondial ; d'abord agressé par deux GI, puis prisonnier de guerre, il se retrouve à Dresde au coeur du bombardement le plus meurtrier de l'histoire…
Mon avis : « Time is on my side… »
Contrairement à ce que l’on pourrait penser à en juger par son titre, Abattoir 5 est tout sauf une série Z bovine. Non, c’est de voyages dans le temps dont il est question ici. Ceux d’un jeune américain traumatisé par son expérience de la guerre qu’il revit par épisodes successifs pour échapper à un monde où il brille sans pour autant le comprendre. Un paradoxe parmi tant d’autres dans un récit alambiqué où l’on prend bizarrement plaisir à se perdre au sein des nombreuses ellipses qui jalonnent une intrigue au final pourtant bien faiblarde. Non pas qu’il ne se passe rien dans Abattoir 5, bien au contraire, mais plutôt le fait qu’on ignore d’un générique à l’autre où George Roy Hill compte bien nous emmener.
Adaptant sa mise en scène à la mémoire tortueuse de son héros, le cinéaste nous propose un métrage chaotique où les flashbacks sont légion sans justifier forcément à chaque fois d’une réelle utilité. Réflexion sur la guerre, la mort et les différentes manières de les appréhender de son vivant, Abattoir 5 se démarque également par un pessimisme inhérent au récit qu’il rend par ailleurs étrangement agréable. Comme si ce doux parfum de résignation flottant devant les yeux du vieux Billy Pilgrim (ressemblant à s’y méprendre au vieux James Woods de Il était une fois en Amérique), condamné à rêver sa vie pourtant idyllique en remaniant ses propres souvenirs, aidait le spectateur à saisir l’essence même de l’existence dans tout ce qu’elle a de brève et de futile.
Avec comme point d’orgue le bombardement meurtrier de Dresde vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Abattoir 5 se présente donc comme une sorte de compte à rebours mortel retardant l’inévitable en mêlant humour (les déguisements du héros) et gravité (la scène intense en photo 1 où un vieux civil allemand scandalisé de voir ses compatriotes s'amuser de voir un prisonnier américain chahuté par des enfants allemands se précipite sur lui pour le gifler violemment). En apparence détaché du temps mais en fin de compte intimement lié à ce dernier avant d’en être secrètement affranchi dans les dernières minutes du récit, le héros, à mesure qu’avance le film, apparaît de plus en plus comme un prétexte pour proposer un état des lieux de la société des seventies en abordant quelques thèmes majeurs qui préoccupaient déjà le public de l’époque. C’est particulièrement flagrant avec cette fin « ovniesque » et on ne peut plus ouverte empreinte de télé-réalité et de libération sexuelle avec ces trafalmadoriens avides de voyeurisme libidineux. Au final, une curiosité relativement inégale à (re)découvrir.
Note : 7/10
Ecrit par Sylkarion.
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