
Fiche technique
Film américain
Date de sortie (France) : 19 avril 1989
Genre : Réveil brutal
Titre original : They live
Durée : 1h33
Scénario : John Carpenter (pseudo : Frank Armitage)
D’après la nouvelle de Ray Nelson “Eight O’Clock in the Morning »
Musique : John Carpenter et Alan Howarth
Photographie : Gary B. Kibbe
Avec Roddy Piper (John Nada), Keith David (Frank), Meg Foster (Holly Thompson), Peter Jason (Gilbert)…
Synopsis : John Nada erre dans les rues de Los Angeles à la recherche d’un travail. Peu après, dans le bidonville Justice Ville qui lui sert momentanément de refuge, il découvre un étrange trafic de lunettes noires. Mais il n’est pas au bout de ses surprises en réalisant l’utilité cachée des lunettes en question qui permettent d’identifier des extraterrestres dissimulés au sein même de la population dans le but de contrôler cette dernière…
Mon avis : Chute libre
Né de la colère du cinéaste, They Live mêle habilement cinéma de science-fiction et fable politique. Stigmatisant l’ultra libéralisme de l’ère Reagan, Carpenter nous propose une nouvelle fois de suivre les pérégrinations d’un anti-héros d’abord optimiste puis rapidement anarchiste se sentant obligé de sauver le monde des humains. Sans-abri parmi tant d’autres, John Nada (« rien » en espagnol, bref un baltringue) souligne la volonté du cinéaste de nous montrer l’envers du décor d’une ville qu’il adore en s’attardant sur des quartiers jamais montrés au cinéma et qui ne sont pas sans évoquer la Grande Dépression américaine que Robert Aldrich par exemple avait très bien cernée dans L’Empereur du Nord.
De ce fait, They Live évolue sur un rythme relativement lent au départ (en témoigne une musique lancinante) puisque Nada est à pied, avant de s’accélérer progressivement une fois la vérité de l’invasion découverte. Prenant son temps pour développer ses thématiques, Carpenter nous dépeint avec justesse un univers totalitaire où le pauvre est diabolisé tandis que des puissances invisibles soumettent le reste de la population grâce à des messages subliminaux et un contrôle total des médias. Mais Los Angeles, une fois de plus le dernier bastion de la liberté pour le cinéaste, organise une résistance dans la clandestinité et tente de prévenir la population du danger qui la menace. De ville du péché dans Los Angeles 2013, L.A. devient ici le refuge de la liberté.
Désireux de bien délimiter le fossé entre « ceux qui voient » et « les autres », le public consommateur rendu aveugle par ses besoins (le message subliminal sur le dollar américain n’est rien d’autre que « Ceci est votre Dieu »), Carpenter fait le choix de s’inspirer du Magicien d’Oz en nous montrant la réalité en noir et blanc pour contraster avec l’illusion qui elle s’affiche en couleurs. Et jamais non plus avare d’ironie, à l'image de son héros ayant toujours un bon mot à sortir, le cinéaste pousse la causticité de son récit jusqu’à intégrer un prêcheur aveugle pour guider les aveuglés dans leur quête de vérité. Côté casting, c’est du tout bon également. L’ancien lutteur Roddy Piper est impeccable et sa bagarre de rue mémorable avec Keith David, longue de presque sept minutes, ferait presque passer celle de L’homme tranquille pour un simple accrochage de collégiens. Au final donc, un des (nombreux) incontournables du maître et peut-être même le plus subversif. A ne manquer sous aucun prétexte.
Note : 9/10