
Fiche technique
Création : Paul Dini et Bruce Timm
D'après l'oeuvre de Bob Kane
Studio : Warner Bros
85 épisodes de 22 minutes
Titre alternatif : Les Aventures de Batman & Robin
Mais là où l'on pourrait croire que le dessin animé est essentiellement calibré pour plaire à un jeune public, Batman TAS
opte plus pour toucher un public large, dans le sens plus âgé.
Difficile de ne pas sentir le ton mature de cette série animée, une
orientation adulte confirmée par des graphismes certes épurés mais très
sombres. Les formes sont très géométriques, les couleurs sont tristes
(gris, noir) et la fidélité aux films de Tim Burton est de mise
puisque 99% de l'action se passe la nuit. Même les rares scènes diurnes
se déroulent sous un ciel rouge sang assez souvent auréolé de nuages
noirs. Notons aussi que le style n'est pas sans rappeler les films
noirs. La forte influence des années 50 se fait ressentir tant sur les
décors que sur les voitures, les coiffures et les garde-robe des
personnages (les longs imperméables gris au col relevé). Difficile
alors de ne pas penser au premier film Batman qui usait des
mêmes codes visuels. En conclusion, le côté visuel du dessin animé est
très réussi et contribue largement à cette atmosphère glauque
post-apocalyptique.
Mais c'est également du point de vue de l'écriture et du scénario que
l'on notera également de grandes qualités. Si le public visé par la
série animée est large, cela ne signifie pas pour autant
infantilisation à outrance de toutes les situations (même si quelques
rares gags prouveront le contraire). Car on sent le réel désir de ne
pas seulement faire rire ou divertir le spectateur mais aussi de
l'émouvoir. Car autant le dire tout de suite, Batman TAS
n'est pas drôle. Rarement un dessin animé n'aura été aussi violent
moralement dans son scénario tant les histoires, magnifiées par un
aspect visuel qu'on vous assure très réussi, sont poignantes et font
ressentir de la pitié voire de la compassion pour tel ou tel méchant.
Encore une fois, on retrouve le chemin déjà tracé par les adaptations
de Tim Burton, notamment (et surtout) dans Batman, le défi,
qui s'attarde plus sur l'évolution et le destin des méchants (la
sublime Catwoman et le désespérant Pingouin) que sur Batman lui-même
(présent uniquement pour sauver la mise). Ce point de vue s'en retrouve
confirmé par une citation de Alfred Hitchcock, le maître du suspense, qui avait déclaré un jour que "le film est réussi quand le méchant est réussi".
Et s'il y a bien des stars dans ce dessin animé, ce sont bien entendu
les méchants. Si on passe volontairement sur le passé de certains
personnages tels que le Joker, Catwoman ou Pingouin (qui sont censés
avoir été développés dans les films de Tim Burton),
ce n'est pas le cas des autres protagonistes dont l'histoire poignante
est mise en valeur comme pas permis dans un spectacle initialement
destiné à un public large. Peu de méchants oublient de faire une
apparition, et une mention spéciale sera faite à ceux dont l'histoire
s'étale sur deux épisodes. On pensera notamment à l'épisode en deux
parties intitulé "Double Jeu" qui narre la manière dont le respectable
Harvey Dent, procureur et ami de Bruce Wayne, devient le terrible
criminel Double-Face. D'une violence morale inouïe, le personnage de
Harvey Dent est ici tellement développé que l'on a du mal à croire
qu'il s'agit juste d'une série télévisée. Jamais ce personnage n'aura
été aussi bien abordé à l'écran (on attend avec impatience comment il
sera traité dans le film The Dark Knight qui sort en août
2008). Il faut également faire état d'un autre épisode en deux parties,
intitulé "Bas les masques" et mettant en scène Gueule d'Argile
(Clayface, en version originale), un acteur hollywoodien tenant
tellement à son physique qu'il n'hésitera pas à se glisser dans une
usine de la pègre pour se procurer une crème miracle remédiant à ses
problèmes. Mais surpris par deux caïds qui lui feront ingurgiter ladite
crème de la pire façon qui soit (le jeu d'ombres intervenant dans cette
scène aura choqué plus d'un enfant car il s'agit là d'une violente
scène de torture suggérée), l'acteur découvrira qu'il a acquis la
faculté de prendre la forme qu'il veut, malgré une apparence
repoussante.
Ce sont bizarrement les épisodes avec le Joker qui plairont le moins.
Le méchant le plus célèbre de Batman (le nemesis) ne bénéficie pas là
d'une réelle profondeur, jeune public oblige. Il se contente alors de
faire des blagues en clown qu'il est, et cela est bien dommage.
Néanmoins, si on ne pourra bouder la galerie des méchants plus que bien
développés, on pourra également se rabattre sur des personnages inédits
qui, de par leur popularité, se retrouveront inclus dans les comics
originaux. On pense notamment à la compagne du Joker, l'attachante et
sadique Harley Quinn, ainsi qu'à l'accolyte bourru du commissaire
Gordon, le détective Harvey Bullock. D'un autre point de vue, Batman TAS
a également une autre force : celle de faire apparaître crédibles des
personnages relativement impopulaires tel que Robin ou Batgirl (chacun
faisant l'objet d'un double épisode, "Robin se rebiffe" et "Jeux
d'ombres"). Pour la petite info, Batman est une icône torturée et
solitaire si on le prend dans sa forme dramatique (Batman a souvent été
pris dans sa forme comique, en témoigne la sérié télévisée des années
60). Or, force est de constater que les personnages de Robin et de
Batgirl sont fortement bien amenés et on se surprend à se dire qu'ils
ont, quoiqu'on en dise, leur place, dans le sombre univers de l'homme
chauve-souris, à condition de bénéficier du traitement adéquat.
Mais encore faut-il pénétrer dans cette atmosphère particulière car
cela reste là un dessin animé très premier degré, et les plus
réfractaires reprocheront sûrement le manque de réalisme de certaines
cascades (oui, il arrive à Batman de faire des sauts de plus de 2
mètres 50...). Cela reste cependant un défaut mineur car globalement,
cette série animée de 85 épisodes est d'une qualité rare tant dans son
aperçu que dans son écriture, sans oublier (car je suis fan de bande
originale) une musique inoubliable remaniant le célèbre thème de Danny Elfman. Musicalement, Batman TAS
est beau, et je ne vous parle pas des doublages qui sont eux aussi de
bonne qualité, surtout en version originale où des acteurs renommés ont
doublé régulièrement des personnages (Mark Hamill pour le Joker, Ron Perlman
pour Gueule d'Argile). On appréciera entre autres (si on est béophile
"old school") l'utilisation de thèmes récurrents pour chaque personnage
comme le célèbre thème de Batman, le sautillant motif de Batgirl, le
thème très mafieux de Double-Face (on croirait à du Ennio Morricone...),
et j'en passe... Enfin, summum du détail inutile : saluons les jeux
d'ombres particulièrement bien gérés (il m'arrive encore d'avoir peur
de cette silhouette s'apparentant au diable cornu) ainsi qu'un
générique efficace et magique.