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Fiche technique

Création : Paul Dini et Bruce Timm
D'après l'oeuvre de Bob Kane
Studio : Warner Bros
85 épisodes de 22 minutes
Titre alternatif : Les Aventures de Batman & Robin

Synopsis : Depuis qu'il a vu ses parents assassinés devant lui alors qu'il était encore un enfant, Bruce Wayne n'a plus eu qu'une seule idée en tête, les venger et par la même occasion faire respecter la loi dans la ville de Gotham City. Riche homme d'affaires, il consacre donc sa fortune aux oeuvres caritatives d'une part et, la nuit venue, devient le super-héros ailé, Batman, homme-chauve-souris rapidement devenu la terreur des criminels en tout genre...

Mon avis : Il y a des dessins animés qui marquent des générations. Concernant ma génération, celle de ceux nés entre 1985 et 1990, un dessin animé aura marqué les esprits : Batman : The Animated Series, dit encore Batman TAS ou BTAS. Restituons le contexte. Nous sommes en 1992, les deux films de Tim Burton, Batman et Batman, le défi, respectivement sortis en 1989 et 1992, ont eu un fort beau succès (quoique celui du deuxième Batman fut bien relatif...). Paul Dini et Bruce Timm créent alors une série animée, produite par la Warner, qui reprend l'univers des films, qui constituaient (comme les films Spider-Man d'aujourd'hui) les grosses productions à large public de l'époque.

batmanda2.jpegMais là où l'on pourrait croire que le dessin animé est essentiellement calibré pour plaire à un jeune public, Batman TAS opte plus pour toucher un public large, dans le sens plus âgé. Difficile de ne pas sentir le ton mature de cette série animée, une orientation adulte confirmée par des graphismes certes épurés mais très sombres. Les formes sont très géométriques, les couleurs sont tristes (gris, noir) et la fidélité aux films de Tim Burton est de mise puisque 99% de l'action se passe la nuit. Même les rares scènes diurnes se déroulent sous un ciel rouge sang assez souvent auréolé de nuages noirs. Notons aussi que le style n'est pas sans rappeler les films noirs. La forte influence des années 50 se fait ressentir tant sur les décors que sur les voitures, les coiffures et les garde-robe des personnages (les longs imperméables gris au col relevé). Difficile alors de ne pas penser au premier film Batman qui usait des mêmes codes visuels. En conclusion, le côté visuel du dessin animé est très réussi et contribue largement à cette atmosphère glauque post-apocalyptique.

batmanda3.jpeg Mais c'est également du point de vue de l'écriture et du scénario que l'on notera également de grandes qualités. Si le public visé par la série animée est large, cela ne signifie pas pour autant infantilisation à outrance de toutes les situations (même si quelques rares gags prouveront le contraire). Car on sent le réel désir de ne pas seulement faire rire ou divertir le spectateur mais aussi de l'émouvoir. Car autant le dire tout de suite, Batman TAS n'est pas drôle. Rarement un dessin animé n'aura été aussi violent moralement dans son scénario tant les histoires, magnifiées par un aspect visuel qu'on vous assure très réussi, sont poignantes et font ressentir de la pitié voire de la compassion pour tel ou tel méchant. Encore une fois, on retrouve le chemin déjà tracé par les adaptations de Tim Burton, notamment (et surtout) dans Batman, le défi, qui s'attarde plus sur l'évolution et le destin des méchants (la sublime Catwoman et le désespérant Pingouin) que sur Batman lui-même (présent uniquement pour sauver la mise). Ce point de vue s'en retrouve confirmé par une citation de Alfred Hitchcock, le maître du suspense, qui avait déclaré un jour que "le film est réussi quand le méchant est réussi".

batmanda4.jpeg Et s'il y a bien des stars dans ce dessin animé, ce sont bien entendu les méchants. Si on passe volontairement sur le passé de certains personnages tels que le Joker, Catwoman ou Pingouin (qui sont censés avoir été développés dans les films de Tim Burton), ce n'est pas le cas des autres protagonistes dont l'histoire poignante est mise en valeur comme pas permis dans un spectacle initialement destiné à un public large. Peu de méchants oublient de faire une apparition, et une mention spéciale sera faite à ceux dont l'histoire s'étale sur deux épisodes. On pensera notamment à l'épisode en deux parties intitulé "Double Jeu" qui narre la manière dont le respectable Harvey Dent, procureur et ami de Bruce Wayne, devient le terrible criminel Double-Face. D'une violence morale inouïe, le personnage de Harvey Dent est ici tellement développé que l'on a du mal à croire qu'il s'agit juste d'une série télévisée. Jamais ce personnage n'aura été aussi bien abordé à l'écran (on attend avec impatience comment il sera traité dans le film The Dark Knight qui sort en août 2008). Il faut également faire état d'un autre épisode en deux parties, intitulé "Bas les masques" et mettant en scène Gueule d'Argile (Clayface, en version originale), un acteur hollywoodien tenant tellement à son physique qu'il n'hésitera pas à se glisser dans une usine de la pègre pour se procurer une crème miracle remédiant à ses problèmes. Mais surpris par deux caïds qui lui feront ingurgiter ladite crème de la pire façon qui soit (le jeu d'ombres intervenant dans cette scène aura choqué plus d'un enfant car il s'agit là d'une violente scène de torture suggérée), l'acteur découvrira qu'il a acquis la faculté de prendre la forme qu'il veut, malgré une apparence repoussante.

batmanda5.jpeg Ce sont bizarrement les épisodes avec le Joker qui plairont le moins. Le méchant le plus célèbre de Batman (le nemesis) ne bénéficie pas là d'une réelle profondeur, jeune public oblige. Il se contente alors de faire des blagues en clown qu'il est, et cela est bien dommage. Néanmoins, si on ne pourra bouder la galerie des méchants plus que bien développés, on pourra également se rabattre sur des personnages inédits qui, de par leur popularité, se retrouveront inclus dans les comics originaux. On pense notamment à la compagne du Joker, l'attachante et sadique Harley Quinn, ainsi qu'à l'accolyte bourru du commissaire Gordon, le détective Harvey Bullock. D'un autre point de vue, Batman TAS a également une autre force : celle de faire apparaître crédibles des personnages relativement impopulaires tel que Robin ou Batgirl (chacun faisant l'objet d'un double épisode, "Robin se rebiffe" et "Jeux d'ombres"). Pour la petite info, Batman est une icône torturée et solitaire si on le prend dans sa forme dramatique (Batman a souvent été pris dans sa forme comique, en témoigne la sérié télévisée des années 60). Or, force est de constater que les personnages de Robin et de Batgirl sont fortement bien amenés et on se surprend à se dire qu'ils ont, quoiqu'on en dise, leur place, dans le sombre univers de l'homme chauve-souris, à condition de bénéficier du traitement adéquat.

batmanda6.jpeg Mais encore faut-il pénétrer dans cette atmosphère particulière car cela reste là un dessin animé très premier degré, et les plus réfractaires reprocheront sûrement le manque de réalisme de certaines cascades (oui, il arrive à Batman de faire des sauts de plus de 2 mètres 50...). Cela reste cependant un défaut mineur car globalement, cette série animée de 85 épisodes est d'une qualité rare tant dans son aperçu que dans son écriture, sans oublier (car je suis fan de bande originale) une musique inoubliable remaniant le célèbre thème de Danny Elfman. Musicalement, Batman TAS est beau, et je ne vous parle pas des doublages qui sont eux aussi de bonne qualité, surtout en version originale où des acteurs renommés ont doublé régulièrement des personnages (Mark Hamill pour le Joker, Ron Perlman pour Gueule d'Argile). On appréciera entre autres (si on est béophile "old school") l'utilisation de thèmes récurrents pour chaque personnage comme le célèbre thème de Batman, le sautillant motif de Batgirl, le thème très mafieux de Double-Face (on croirait à du Ennio Morricone...), et j'en passe... Enfin, summum du détail inutile : saluons les jeux d'ombres particulièrement bien gérés (il m'arrive encore d'avoir peur de cette silhouette s'apparentant au diable cornu) ainsi qu'un générique efficace et magique.

 


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Ecrit par VincZt.

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