Fiche technique

Film français
Date de sortie (France) : 27 juillet 1969
Genre : Making-of d’un duo
Durée : 1h27
Scénario : Pierre Grimblat, Francis Girod, Melvin Van Peebles
Musique : Serge Gainsbourg, Jean-Claude Vannier
Photographie : Claude Beausoleil
Avec Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Andréa Parisy, Daniel Gelin, Juliet Berto, Henri-Jacques Huet...

 

Synopsis : 69, année publicitaire. Le réalisateur Serge Fabergé vient de recevoir le prix du meilleur film publicitaire au festival de Venise. Il y fait la connaissance d’Evelyne Nicholson, une jolie Anglaise de vingt ans sa cadette. Marié et père d’un très jeune enfant, Serge hésite entre le confort et le réconfort tout en enchaînant les tournages à l’étranger. Quand il annonce qu’il va divorcer, Evelyne le quitte pour un garçon de son âge que Serge avec un masochisme certain lui avait mis dans les pieds...

 

Mon avis : Bon, autant ne pas mettre de gants, Slogan est un film médiocre et son unique intérêt reste la formation sur et hors écran d’un des plus emblématique couple des années pop, Gainsbourg et Birkin. Le scénario (auxquels ont collaboré deux autres réalisateurs, Francis Girod et... Melvin Van Peebles !) est aussi mince et conventionnel qu’un épisode d’une série AB Prod. Ils se rencontrent, ils s’aiment, ils se quittent mais vivent plein de moments super trop cools dans de beaux endroits (Paris, Venise, la Namibie...) avec des gens super trop top, organisent des surprise-parties dans des lofts au mobilier Knoll avec posters psychédéliques et tourne-disque sous bulle de plexiglas.

 

Il y a bien quelques solides comédiens (Andréa Parisy, Daniel Gelin...) qui les épaulent mais ils n’ont que des rôles assez décoratifs, y compris l’adorable Juliet Berto en assistante dévouée. Tout cela sonne assez faux et vain, à l’image de la réplique de Bugatti pilotée par Gainsbourg. Si de bons (Annaud) voire d’excellents cinéastes (Ridley Scott) vinrent du film publicitaire, Grimblat ne se comptera pas parmi eux. Il ne suffit pas de filmer caméra à l’épaule et en " images volées " pour faire à la manière de. C’est à peine si entre deux baillements, le spectateur peut s’amuser à croiser les regards scandalisés de dames italiennes d’âge mûr devant la jupe modèle "mini-mini-mini-mini, tout est mini dans ma vie" de la jolie Jane enjambant gracieusement les ponts vénitiens. Une impression de bâclé accentué par une prise de son aléatoire. La fin atteint un sommet du ridicule ou bien est-ce une enième parodie publicitaire ?

 

Mais finalement, comment ne pas tomber dans le creux en narrant un morceau d’existence d’un homme de publicité. Le terme de "créatif de pub" m’a – à de rares exceptions près - toujours semblé aussi paradoxal que celui de "justice militaire". Un élément comique et réaliste sert de running-gag au long du film, quand un de ces professionnels de la profession assène que "Ca va vendre aux jeunes". Ainsi, en quarante ans, rien n’a changé.

 

Gainsbourg n’a jamais été très à l’aise comme acteur malgré un physique intéressant (et si je peux me permettre malgré mon admiration pour le musicien et le parolier, sera encore pire en cinéaste) et la pauvre Jane qui a l’air de réciter son texte phonétiquement (des sous-titres seraient parfois bienvenus) est aussi ravissante à regarder qu’insupportable à voir et entendre jouer. Ce n’était pas ses débuts à l’écran mais on ne peut pas dire qu’elle ait tenu des rôles déterminants dans The knack et Blow up si ce n’est le parfum de scandale qui suivra son apparition dans le second. Avec le temps, elle s’avérera bien meilleure actrice chez Doillon, Varda, Deville ou Rivette. L’histoire de cette rencontre devant la caméra est elle aussi bien connue : Gainsbourg avait la timidité agressive avec sa maladroite partenaire que l’on voit d’ailleurs beaucoup pleurer et crier dans le film. Ceci dit, Jane Birkin raconte dans un des bonus du DVD qu’il ne s’était pas comporté aussi odieusement que Grimblat (réflexe d’homme de pub ?) avait laissé entendre.

 

Gainsbourg se nomme ici Serge... Fabergé ! Un patronyme ad-hoc pour interpréter un réalisateur de pub d’eaux de toilette pour hommes et de voitures de sport. Un nom qui sera bientôt lié au monde du cinéma puisqu’un certain Cary Grant, retraité d’Hollywood en deviendra le PDG. Le mot "slogan" était alors très à la mode, renvoyant autant à un message publicitaire qu’à une revendication politique. Revendication totalement absente du film, soit dit en passant, ce qui peut passer pour original dans le contexte de l’époque, Grimblat l’ayant tourné en 1968.

 

Le film publicitaire commercial était en plein boom (il apparu pour la première fois à la télévision en 1968 avec une "réclame" Boursin) et cette thématique sera souvent utilisée par les cinéastes "dans le vent", Godard, Lelouch ou William Klein dont Gainsbourg venait juste de sortir du Mister Freedom. Mais si vous voulez le revoir dans une oeuvre similaire et qui tient bien mieux la route, préférez la très jolie télé-comédie musicale Anna de Pierre Koralnik (1967). Détail amusant : dans Slogan, le père Serge énonce à nouveau le texte de Bossuet qu’il récitait à Brialy dans le film de Koralnik ("Qu’est-ce autre chose la vie des sens qu’un mouvement alternatif qui va de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit ?").

 

Slogan sorti au coeur de l’été 69, les deux faces de la b.o. ("La chanson de Slogan" et "Evelyne") firent un tabac et Serge et Jane furent baptisés "couple de l’année" en... slogan sur les affiches. Il lança la carrière française de Birkin qui enchaîna immédiatement avec La piscine de Jacques Deray. Pour l’anecdote, le bébé (à l’écran) de Gainsbourg-Fabergé n’est autre que Kate, la fille de Jane et du compositeur John Barry dont elle venait de divorcer. Un homme que Serge décrivit en ces termes suprêmement gainsbourgeois : "John Barry, sa Jaguar Type E et sa femme Type E". Amis poètes des belles carrosseries, bonsoir !

 

Un mot sur la musique que l’on entend finalement trop succintement. "La chanson de Slogan" est une des plus belles créations de Gainsbourg... et de Jean-Claude Vannier, immense arrangeur trop souvent laissé dans l’ombre du dandy mal rasé. Un prince élégant du détournement des accords mineurs et du glissement progressif des cordes sans lequel Gainsbourg n’aurait peut-être pas été aussi brillant (il en fut de même à ses débuts avec les orchestrations d’Alain Goraguer et dans sa période londonienne avec David Whitaker et Arthur Greenslade). Amateurs de musique vraiment classieuse, je vous invite à réclamer à votre disquaire "L’enfant assassin des mouches" l’album-concept que Vannier bidouilla avec génie en 1972 et auquel Gainsbourg participa en un juste retour de politesse.

 

En conclusion, Slogan est à voir uniquement par curiosité. Par contre, le DVD contient de très nombreux documents, bien plus distrayants que le film lui-même. Grimblat, un charmeur au regard malicieux raconte qu’il aurait fortement inspiré Truffaut pour le personnage de L’homme qui aimait les femmes. Sa contribution au 7ème art ne restera pas mémorable mais remercions-le d’avoir lancé un duo alchimique qui, lui, fera date dans l’histoire de la musique populaire. Il y a aussi un lot de pubs "vintage" qu’il tourna pour la Régie Renault dont une très drôle mettant en scène un hamster, animal qui donna son nom à sa société de production. Un bonus caché fait découvrir un inédit : le projet de relookage du jingle d’animation du grand Paul Grimault pour la société Jean Mineur, jugé trop daté. Cette version aux influences psychédéliques déplut et resta dans sa boîte.