Il y a eu comme un passage obligé pour les grands réalisateurs hollywoodiens : aller tourner un film en Afrique !

Je tente tout d'abord de faire une liste, qui ne sera certes pas exhaustive, mais je prends tout d'abord les plus grands (réalisateurs et films) pour dégager une problématique...


- Tarzan and the ape man
, W.S. van Dyke, 1932
- King Kong
, Merian C. Cooper, 1933
- African Queen
, John Huston, 1951
- The snows of Kilimandjaro
, Henry King, 1952
- Mogambo
, John Ford, 1953
- Tanganiyaka
, Andre de Toth, 1954
- Hatari
, Howard Hawks, 1962
- Greystoke : the Legend of Tarzan, Lord of the Apes
, Hugh Hudson, 1984
- Out of Africa
, Sydney Pollack, 1985
- White hunter, black heart
, Clint Eastwood, 1990

Voilà les quelques films auxquels j'ai pensé... Tous ne sont pas de la même facture et leur trouver une ligne commune n'est pas aisée... Pourtant...

Si on prend tout d'abord King Kong et Tarzan, qui sont sensiblement de la même époque. Une idée se dégage : celle de l'homme face à la force incompressible de la nature. L'Afrique est vue au travers du prisme de l'homme blanc avide et colonisateur, et cette Afrique (on pense alors à la description qu'a pu en faire Céline dans les années 30 - "Voyage au bout de la nuit" -  ainsi que Conrad dans son célèbre "Au coeur des ténèbres") est encore vierge : l'homme moderne (le documentariste dans King Kong) s'en trouve forcément rejeté, la nature ne pouvant sortir que vainqueur de ce combat...

 

Le Huston nous présente une autre Afrique : celle du théâtre de la guerre, et de son peuple au coeur de ce tumulte, finalement manipulé, ainsi méprisé par le "blanc". On s'attache déjà à véritablement "filmer" ce magnifique pays (pensons au fabuleux générique...).

 

Les neiges du Kilimandjaro, adaptation d'un fasciné de l'Afrique (Hemingway), sur fond de passion amoureuse, de chasse aux fauves, de bivouacs nocturnes : on trouve les éléments fondateurs du film africain par excellence.

 

Ces éléments seront ceux de Mogambo, adaptés au génie de Ford et à la présence de ces deux acteurs magnifiques : Gardner et Gable. Le traqueur de fauve qui est venu en Afrique oublier un passé amoureux douloureux ou quelque guerre, ou la civilisation... Une femme débarquée alors qu'on ne l'attendait pas (ou trop...), une galerie de portraits que seul Ford sait inventer (mais Hawks s'en souviendra...), des paysages, une chasse au gorille très belle cinématographiquement font de Mogambo un chef d'oeuvre du genre, qui au même titre que le film de King posa les jalons du genre.

 

De Toth nous fait vivre dans Tanganiyaka une aventure intéressante : une course à travers l'Afrique, sur fond de rébellion, homme blanc défenseur des autochtones...

 

Le grand classique du genre : Hatari. Fabuleuse aventure en décor naturel, intelligente, acteurs magnifiques, sorte de grande reprise du Mogambo de Ford (la scène de l'éléphant existait déjà chez Ford...). Hatari, c'est la beauté des paysages, du chant africain du début, du bivouac à la nuit tombée, de l'amitié de ces hommes égarés au milieu de la nature, et de l'élégante mise en scène de Hawks. Truffaut disait d'ailleurs qu'Hatari était "une méditation sur le métier de metteur en scène" (ce dont se souviendra Eastwood finalement).

 

Sans doute le seul film où Christophe Lambert aura été bon : Greystoke. Greystoke, c'est l'appel de la forêt, la force de la nature contre la civilisation, la liberté contre la société, l'Afrique considérée comme un cirque géant, à l'époque d'un colonialisme féroce et de sentiment de supériorité de la race blanche, de ses valeurs, contre la beauté de la nature.

 

Ce que l'on retrouvera un peu dans Out of Africa : un beau film, tout en reconstitution historique. Grand spectacle aux magnifiques paysages.

 

Eastwood revient quant à lui au grand genre. Tradition fordienne et hawksienne, sobriété de la mise en scène. Une réflexion sur finalement ce que l'on pourrait nommer un genre : le film africain. Eastwood ferme la boucle, comme souvent d'ailleurs, on parlera alors d'oeuvre crépusculaire, mêlant la nostalgie d'une époque (celle de l'Afrique d'Hemingway et de l'âge d'or du "genre") en s'inscrivant dans cette tradition tout en créant ses propres formes (ce qu'il fera avec Impitoyable, qui propose la même réflexion sur le western, autre genre mythique...).

 

Le film africain : un genre spécifique ? Disons oui. L'évolution du genre mériterait de longs débats, espérons que ce sujet trouvera ici quelque résonance...

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Ecrit par laluzerne.

Commentaires  

 
0 #1 Dr.Strangelove 01-05-2008 15:16
A noter que "le film africain d'Hollywood" semble connaitre dernièrement une nouvelle phase de mode. Constant Gardener, Lord of War, Blood Diamond: autant d'oeuvres majeures (et discutables) grand public.
Le paysage et la nature vierge fascinent toujours autant, mais grande nouveauté: la place est davantage donnée au combat social, humain.

Un humanitarisme touristique?
La question reste ouverte, mais une chose est sûre: ça rapporte!
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0 #2 Je rechercheMichel 18-11-2012 18:06
Bonjour, J'apprécie votre propos de "passage obligé". Dans quel film Hollywood en Afrique voit-on une scène dans laquelle, dans un jeep, se trouvent 4 personnes (le chasseur blanc, la belle femme, le vieux (blanc) et le noir), et un éléphant traverse la piste juste devant eux ? Les commentaires des personnes sont excellent. Merci
Michel
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