
Fiche technique
Film américain
Genre : Droguerie
Durée : 1h30
Remake : Scarface (1983) de Brian de Palma
Scénario : Ben Hecht, John Lee Mahin, W.R. Burnett et Seton I. Miller
D'après l'oeuvre de Armitage Trail
Musique : Adolph Tandler
Photo : Lee Garmes et William O'Connell
Avec Paul Muni, Ann Dvorak, Karen Morley, Osgood Perkins, George Raft, Boris Karloff...
Synopsis : Louis Costillo, dernier baron de la pègre de Chicago sévissant dans la partie Sud de la ville est assassiné. La guerre des gangs est déclarée. D'un côté le tout puissant O'Hara qui a la mainmise sur la partie Nord de la ville, de l'autre Johnny Lovo (Osgood Perkins) qui tente tant bien que mal de reprendre les commandes de l'empire de contrebande d'alcool de Costillo. Il engage Tony Camonte (Paul Muni) comme bras droit, homme sans scrupules qui va rapidement faire prospérer le clan avec ses méthodes expéditives, se permettant même de draguer ouvertement Poppy (Karen Morley), dernière copine en date de Lovo. Mais Tony est trop gourmand et s'attaque à O'Hara. Dans le même temps sa petite sœur chérie Cesca (Ann Dvorak) flirte en secret avec Rinaldo (George Raft), meilleur ami de Tony...
Mon avis : Pacino, petit rigolo
Avant de signer des comédies rapidement devenues cultes puis des westerns de légende, entre autre choses, Howard Hawks s'était d'abord essayé avec succès au film noir. Troisième long métrage de ce metteur en scène de génie, Scarface est l'adaptation réussie du livre d'Armitage Trail. En s'inspirant de faits réels le récit plonge directement le spectateur dans les affres de la pègre de Chicago où la loi du plus fort semblait ne pas avoir d'issue possible. L'impact devait être d'autant plus fort à l'époque de la sortie du film puisqu'il s'adresse directement au gouvernement, c'est à dire à monsieur tout le monde, lui demandant dans les yeux s'il est enclin à continuer d'encaisser les coups sans rien dire. Et pour donner davantage de profondeur à son propos il choisit de nous proposer l'évolution d'un petit malfrat aux yeux plus gros que le ventre qui fait parler la poudre sans le moindre scrupule.
Archétype des à côtés du rêve américain, l'ascension de Tony Camonte se veut un universel réquisitoire contre la pègre et tout ce qu'elle représente, trafics en tout genre, meurtres, oppressions, corruption... Paul Muni délivre une incroyable prestation pour son deuxième long métrage en tête d'affiche. Même la folie furieuse d'un Al Pacino un demi-siècle plus tard ne lui arrive pas à la cheville. Il impose sa présence à l'écran avec une aisance véritablement remarquable, réussissant la plupart du temps à nous faire tout simplement oublier l'objectif de la caméra qu'on voudrait la plus discrète possible pour saisir à vif les émotions véhiculées par son jeu hors norme.
Le reste du casting n'est pas en reste, notamment les deux principaux rôles féminins. Les amateurs apprécieront aussi un petit rôle confié à Boris Karloff. En se montrant aussi possessif avec sa sœur Tony révèle un véritable gouffre émotionnel vis à vis des femmes et de l'approche de la sexualité. Sa tentative on ne peut plus grossière et maladroite de séduction de Poppy témoigne de cette peur panique que la femme suscite chez lui même s'il tente d'afficher le contraire. Ainsi, sa petite sœur n'a pas le droit de grandir et de devenir une femme. Il se refuse à ce qu'un autre homme puisse la posséder de quelque manière que ce soit.
Terminons par une rapide comparaison entre ce film et son remake de 1983 signé Brian de Palma qui pourra toutefois être élargie plus tard. Cela peut paraître surréaliste mais la violence est bien plus efficace dans ce film que dans son remake. Tony fait peur, Tony est imprévisible, Tony tue et tue encore, et encore. Il n'a de cesse d'éliminer tous ceux qui voudraient se dresser en travers de son chemin. Ici pas besoin d'une tronçonneuse pour exacerber l'atmosphère violente du film, un simple regard de Paul Muni suffit amplement. La principale différence notable entre les deux films est le message qu'ils véhiculent. Autant la version de 1932 s'inscrivait dans le contexte de son époque avec pour seul objectif de soulever l'indignation générale quant à la mainmise de la pègre sur la ville, autant la version de 1983 se contente de reprendre les aspects jubilatoires de l'original en les exacerbant au possible, délivrant en fin de compte et j'espère, involontairement, au plus jeune public un message problématique qui fait d'un meurtrier et trafiquant de drogue un symbole de réussite juché tout en haut de leur échelle sociale. L'original se suffit à lui-même par son excellence, faites le bon choix.
Note : 10/10