Fiche technique

Film français
Genre : Drame

Durée : 40min
Scénario : Gaspar Noé
Directeurs de la photographie : Dominique Colin
Avec Philippe Nahon, Blandine Lenoir, Frankye Pain...

 

Synopsis : Un boucher élève seul sa fille après que sa femme ait quitté le domicile conjugal peu de temps après son accouchement. La relation incestueuse qu'il lie avec l'adolescente le mènera au bord de l'homicide et par là même, en prison, avant de refaire sa vie sans elle.

 

Mon avis : Ce moyen métrage de 40 minutes, troisième si je ne me trompe de celui qui scandalisera près de 10 ans plus tard avec Irréversible, débute étrangement sur un plan long d'un cheval à l'abbatoir, se vidant sous nos yeux de son sang durant de longues minutes et qui n'est pas sans rappeller le pré-générique de Persona de Bergman. Déjà, Noé affectionnait le temps réel... Puis nous plongeons dans l'univers sale et glauque de ce couple de français moyens dans la banlieue parisienne des années 70, dont le mari est boucher chevalin. La femme dont le visage est caché est enceinte. Nous assistons à la naissance par un plan in utero avant de voir l'enfant sortir, rouge, visqueux. Puis, la mère partie, les années défilent dans une alternance de cartons et de plans du boucher découpant sa barbaque, comme il morcelle sa propre fille. Noé retarde l'affrontement inévitable avec l'un des thèmes du film : cette relation incestueuse qui rampe, suggérée par des situations étranges (le père donne son bain à sa fille ado qui ne parle jamais, la caméra subjective nous montre à travers les yeux du père les cuisses de la jeune fille, la voix off nous étouffe sous le monologue intérieur du père). Là est tout le paradoxe de Carne, alors qu'il nous écoeure avec des images documentaires au début (l'abbatage, la naissance, cette succession de la mort et de la vie), Noé fait preuve d'une étrange pudeur quand il s'agit de mettre en scène l'inceste et c'est là qu'il puise la force de son film : la suggestion au lieu de la démonstration. L'inceste est partout, dans le décor, l'ambiance, les pensées malsaines et omniprésentes du père, et nulle part... Il y a de l'horreur et de la beauté dans Carne. Noé se révèle très habile dans la mise en scène, le sujet est abominable, un malaise flotte au grés des images, mais la réalisation est brillante. Il faut noter au passage le jeu remarquable de Philippe Nahon et de Blandine Lenoir. Pour l'anecdote, ce film, interdit aux moins de 16 ans, a reçu pour distinctions à Cannes, hormis le prix de la semaine de la critique, la mention du prix de la jeunesse...