Fiche technique

Film américain
Genre : Redneck-party
Titre original : The Texas Chain Saw Massacre
Durée : 1h24
Scénario : Tobe Hooper et Kim Henkel
Musique : Tobe Hooper et Wayne Bell
Photographie : Daniel Pearl
Avec Marilyn Burns (Sally), Allen Danziger (Jerry), Paul A. Partain (Franklin), William Vail (Kirk), Teri McMinn (Pam), Edwin Neal (l’auto-stoppeur), Jim Siedow (le grand-frère), Gunnar Hansen (Leatherface), John Dugan (le grand-père)…

 

Synopsis : Soucieuse de vérifier que la tombe de son grand-père n’a pas été profanée par les pilleurs de tombes qui sévissent depuis quelque temps dans la région, la jeune Sally se rend sur les lieux accompagnée de son frère Franklin et de trois autres amis. Une fois rassurée, elle décide de pousser un peu plus loin pour aller visiter la maison de son enfance. Plutôt une mauvaise idée puisque non loin de là sévit une famille de tueurs particulièrement allumés…

 

Mon avis : Quand la réalité nourrit la fiction…

 

Il est plutôt rare de marquer les esprits avec un premier film. Il est encore plus rare de marquer une génération tout entière avec le même premier film. C’est pourtant ce qui est arrivé à Tobe Hooper. Petit professeur d’université sans histoires et passionné de cinéma, il ne se doutait sûrement pas que pour une poignée de dollars il allait révolutionner un genre sinon en inventer un nouveau. Son Massacre à la tronçonneuse fit un tabac à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes, connut de nombreuses suites (Hooper réalisera lui-même le deuxième volet douze ans après le premier), et fut bien évidemment pompé à maintes et maintes reprises mais jamais égalé.

 

Tout le monde connaît ce film, au minimum de nom. Beaucoup moins nombreux sont ceux qui en connaissent l’origine, à savoir un macabre fait divers s’étant déroulé au Wisconsin non loin de là où vivait le jeune Tobe Hooper. Un événement suffisamment marquant pour que quelques années plus tard il accouche de son Texas Chain Saw Massacre. Néanmoins, le fait divers en question ne servit seulement que de point de départ et à nouer une intrigue digne de ce nom. Tout le reste provient d’un seul et même homme, véritable monstre dont la découverte et les agissements terrifia et révulsa l’Amérique tout entière comme rarement auparavant. Un tueur surnommé par la presse le Boucher de Plainfield mais plus connu sous son nom de Ed Gein.

 

A n’en pas douter, c’est du tueur en série que s’est inspiré Tobe Hooper pour son film. De son antre d’une part, de ses motivations d’autre part. Ed Gein avait une mère très croyante et à moitié folle qui tenta par tous les moyens de protéger ses enfants des femmes qu’elle qualifiait de « récipients du pêché ». Quand il se retrouva seul au monde à tout juste quarante ans, Gein se replia sur lui-même tout en laissant libre court à ses fantasmes. Obsédé par les femmes et la mort, il vénérait en contrepartie la seule femme de sa vie, sa mère. Ainsi, il condamna tout l’étage de la maison, les pièces préférées de la défunte, qu’il transforma en musée à la gloire de sa mère tandis que lui s’installait au rez-de-chaussée. Et c’est exactement ce que l’on retrouve dans le film de Hooper. Tout l’étage de la maison sert de mausolée aux cadavres faisant partie de la famille.

 

Quant aux fantasmes en question, Gein commença par étancher sa soif de sexe en déterrant les cadavres de femmes fraîchement enterrées dans le cimetière local. Une fois celles-ci dépecées, il tannait leur peau avec laquelle il se confectionna un costume pour vivre réellement son fantasme. Le costume en question on le retrouve bien entendu sur le visage de Leatherface (sur le dvd on peut regarder une scène coupée où ce dernier essaye plusieurs autres visages) mais également chez Buffalo Bill dans Le Silence des Agneaux ainsi que dans le méconnu Skinner d’Ivan Nagy. A noter que Tobe Hooper poussa le souci du détail assez loin, jusqu’à imiter la « décoration » du tueur à l’intérieur de son antre, à savoir des abats-jours en peau humaine, un lit décoré avec des crânes, etc… Au final, bien plus encore que les meurtres ou la tronçonneuse elle-même, c’est la maison de cette famille de rednecks qui fait la plus forte impression.

 

A y regarder de plus près, The Texas Chain Saw Massacre n’est pas si gore que ça. Par contre, on mettra longtemps à retrouver plus glauque et malsain. Visant seulement une interdiction aux moins de douze ans, Tobe Hooper n’imaginait sans doute pas que son film serait interdit aux moins de 17 ans aux Etats-Unis, interdit cinq ans en France avant d’être classé X, et ne sortirait qu’en 1999 en Angleterre. Relativement court et terriblement efficace, le film mérite surtout des éloges pour son atmosphère craspec au possible. Autre point fort, le personnage de Leatherface, bien plus terrifiant que son instrument. Qui aurait cru que Gunnar Hansen, lui aussi professeur d’université, flanquerait la pétoche à autant de monde, y compris ses compagnons de tournage desquels il s’isolait sciemment selon la légende. Résultat, plus de trois décennies après, Massacre à la tronçonneuse n’a rien perdu de son « charme », et c'est tant mieux.

 

Note : 9/10