Fiche technique

Film britannique
Genre : Jeux dangereux
Titre original : Sleuth
Durée : 2h18
Scénario : Anthony Shaffer, d’après sa pièce
Musique : John Addison et Cole Porter
Directeur de la photographie : Oswald Morris
Avec Laurence Olivier (Sir Andrew Wyke) et Michael Caine (Milo Tindle)

 

Synopsis : Sir Andrew Wyke, un riche auteur de romans policiers anglais, a invité Milo Tindle, un coiffeur londonien d'origine plus modeste, à lui rendre visite dans sa somptueuse résidence, aménagée et décorée avec un art consommé du trompe-l'oeil. Maniaque de l'énigme et de la mystification, cachant mal son mépris pour ce parvenu dont il connaît la liaison avec son épouse Marguerite, Andrew lui propose de simuler un cambriolage pour toucher l'argent de l'assurance. Milo, impressionné par Wyke, accepte...

 

Mon avis : La plus belle des révérences

 

Dernier film du maître, souvent considéré comme son chef d’œuvre, Sleuth fut d’abord une pièce de théâtre à succès d’Anthony Shaffer, jouée sans interruptions pendant huit ans en Grande-Bretagne, soit un peu plus de 2000 représentations, excusez du peu. Véritable hymne à la manipulation et au bluff, cet ultime pied de nez de Mankiewicz à Hollywood résume à lui seul la carrière du cinéaste, qui prit toujours un malin plaisir à signer des films d’auteurs sous couverts de grosses productions.

 

La manipulation on y tombe dedans dès le début du film. Ignorant encore ce qui l’attend, le coiffeur Milo Tindle s’engouffre dans le labyrinthe du manoir Wyke et tombe du même coup dans le piège tendu par son hôte. A mesure qu’il avance, Milo resserre un peu plus les fils invisibles du traquenard fomenté contre lui. Sans le savoir il vient de débuter une partie d’un jeu très dangereux avec l’être le plus manipulateur qui soit, Sir Andrew Wyke, célèbre auteur de romans policiers tentant tant bien que mal de donner un peu de piment à sa vie.

 

Ce qui fait le charme de ce film c’est tout d’abord le tour de force de Mankiewicz de réussir à tenir en haleine le spectateur pendant plus de deux heures avec un huis clos où s’affrontent seulement deux personnages. Incroyable mais vrai. Pour que tout cela fonctionne, il était primordial que les deux acteurs soient exceptionnels, et c’est le cas. Laurence Olivier, en vieux britannique aigri dissimulant difficilement sa haine pour les parvenus, est époustouflant. Et Michael Caine en modeste coiffeur ne s’en laissant pas compter n’est pas en reste lui non plus.

 

Grâce à son intrigue très bien ficelée et des dialogues finement ciselés, Mankiewicz déroule librement son récit, en profitant au passage pour chatouiller gaiement le flegme britannique, et peut ainsi à sa guise développer une nouvelle fois certains thèmes majeurs de son œuvre tels que les faux-semblants, les jeux de miroirs, en fait tout ce qui touche de près ou de loin à l’illusion et aux apparences. Dans son manoir truffé de jouets divers, de déguisements et d’automates, Andrew Wyke n’est pas sans rappeler l’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam. Jouet de sa propre passion pour la manipulation et les intrigues policières, Wyke est inconscient du stéréotype qu’il représente. Bref, un humour noir redoutablement efficace qui fait de ce film, peut-être son meilleur, à coup sûr le plus grinçant.

 

Note : 10/10