Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 12 mai 1919
Genre : paraboles fastueuses
Durée : 3h
Scénario : David W. Griffith
Musique : Carl Davis
Directeur de la photographie : G.W. Bitzer
Avec Mae Marsh (La petite chérie), Robert Harron (Le Garçon), Constance
Talmadge (La fille de la montagne), Alfred Paget (Balthazar), Josephine
Crowell (Catherine de Medicis), Franck Bennett (Charles IX)…
Synopsis : A travers l'image d'une femme
berçant un enfant, quatre épisodes de l'intolérance sont racontés dans
une fresque monumentale. Un épisode moderne sur un gréviste condamné à
la pendaison. Un épisode biblique lors d'une noce à Cana. Un épisode
des guerres de religion au temps de Charles IX. Un épisode chaldéen.
(allocine)
Mon avis : Naissance d’un art
Profondément blessé par les vives critiques (sans doutes justifiées) qui lui ont été faites pour sa Naissance d’une nation, David Wark Griffith, un des plus importants pionniers du cinéma, s’attelle à une gigantesque fresque qui deviendra Intolérance.
Prenant à contre pied les accusations de racismes à son encontre, il
décide de préparer un film illustrant la notion d’intolérance à
différentes périodes de l’histoire de l’humanité. Au début, Griffith
avait dans l’idée de raconter une seule histoire, l’histoire
contemporaine. Il a alors l’idée de génie de mêler trois autres
histoires pour étayer son propos, dont l’une d’elle, la plus
spectaculaire, se déroule à Babylone. Pour mener à bien ce projet il
s’aide de quelques assistants réalisateurs qui figureront parmi les
plus grands noms du septième art : Tod Browning, Erich Von Stroheim ou W.S. Van Dyke. Le film sera un gouffre financier mais comptera parmi les œuvres phares du cinéma.
Quatre histoires sont entremêlées, séparées par l’image d’une femme
berçant un enfant. A l’époque actuelle (en 1916), la Petite Chérie
épouse le Garçon ; tous deux sont pauvres et vont subir toutes sortes
de déconvenues financières et sociales, toutes plus ou moins dues à une
association de soit-disant bienfaitrices, les Vestales de l’Elévation.
En 1572, Catherine de Médicis convainc son fils le roi Charles IX du
massacre de la Saint Barthélémy, « pour le bien des catholiques » ;
l’épisode est traité de façon mineure par rapport aux autres. A
l’époque de la Judée, quelques épisodes de la vie du Christ nous sont
brièvement évoqués (et quelque peu bâclés). Enfin, l’histoire de la
chute de la grande Babylone est narrée de façon monumentale.
La raison pour laquelle Intolérance a influencé tellement de réalisateurs (de Welles à Eisenstein en passant par Abel Gance) c’est l’incroyable esprit novateur de Griffith
qui y transparaît. Il utilise ici toutes les techniques du cinéma et
profite pour mettre en valeur la technique du montage alterné qu’il
avait mis en place notamment dans Naissance d’une nation.
Les quatre récits sont ainsi racontés de façon linéaire dans leur
narration mais découpés de telle façon que les épisodes des quatre
époques sont mélangés les uns aux autres. Ce qui renforce le caractère
universel du message martelé (de façon quelque peu didactique) : les
intolérants de toutes sortes nous ont de tout temps dicté leur loi. Un
message simpliste qui se retrouve dans la façon qu’a Griffith de traiter ses histoires de façon souvent académique et quelquefois facile.
Le caractère novateur de l’œuvre se retrouve aussi dans sa mise en scène. Griffith
utilise brillamment toutes les façons de filmer répertoriées alors et
n’hésite pas à briser les carcans alors en vigueur. Travellings, gros
plan, plans larges puis rapprochés, un flash-back brièvement inclus à
un des récits : la technique cinématographique encore à ses
balbutiement est ici pour une des premières fois de l’histoire utilisée
dans sa globalité pour servir le récit. L’interprétation elle-même
détonne avec les autres films de l’époque : aux postures théâtrales et
emphatiques jusque là de rigueur, Griffith préfère former des
acteurs exclusivement pour le cinéma, ce qui rend leur performance bien
plus naturelle que ce qu’on est habitué à voir dans les films muets de
l’époque. Toutes ces innovations formelles font d’Intolérance,
malgré ses longueurs (l’épisode actuel, le plus sobre et le plus
percutant des quatre, éclipse le pourtant colossal épisode babylonien
qui aurait peut-être mérité un traitement à part), un film d’une
importance capitale dans l’histoire du cinéma.
Ma note : 8/10










Commentaires
Un foyer d'intolérance et de haine lutte perpétuellement au coeur du temps afin de soumettre un amour charité se maintenant difficilement à flots dans un environnement historique de plusieurs millénaires synonymes de massacres permanents.
Des grappes humaines en révolte sont corrigées au canon, des tours s'embrasent au pied des murailles d'une ville momentanément épargnée. Le Christ se prépare à la passion, Babylone trahi par ses religieux offre à l?envahisseur ses murs éventrés. Le chômeur à bout de ressources détrousse l'éméché. Le réformiste se déchaîne dans une époque où les individus désoeuvrés retournent à la pierre brute.
« Il faut détruire ou être détruits » Catherine de Médicis le clame haut et fort à un Charles IX sous pression matriarcale à l'aube d'une Saint Barthélemy sanguinaire ou le seul but est de gagner du temps sur le temps par la force d?une doctrine contradictoire.
Depuis toujours, l'humanité se morfond en conflits répétitifs par des procédures guerrières et politiques. Il y a toujours un prêtre pour vendre une ville à un empereur. En costumes ou bardés de fers les hommes ne font que se trahir, souffrir et guerroyer.
Ces quatre récits offre à l'histoire un sanguinolent paquet cadeaux de nos fureurs temporelles contrées par une bravoure bien souvent féminine courageuse, malmenée, quelquefois récompensée.
« Intolérance » est une oeuvre magnifique, grandiose, violente, sensuelle montrant notre logiciel terrestre, une fureur meurtrière vétue d?une famine intellectuelle ou l?homme extrêmement fragilisé se protège dans la douleur de la bestialité de ses propres congénères encadré par des compagnes aimantes, volontaires, décisionnaires d'une grâce de dernière minute ou opérationnelles au combat jusqu'à la mort.
Les décors grandioses Babyloniens filmés en ballon captif alimentent merveilleusemen t les contraintes du plan fixe. Ces statues d?éléphants cabrées aux mesures himalayennes envoient au placard les balbutiements d?un jeune cinéma prenant soudainement grâce à ce joyau une technologie parfaite presque indélébile.
« Intolérance " première fresque historique cinématographiq ue à grand spectacle représente un processus complet émotionnel et tragique de nos parcours, un plan révélateur de toutes nos erreurs accumulées. Ces quatre récits en parallèles ne sont que notre image, une lutte éternelle entre proies et prédateurs.
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