Film britannique, américain, allemand et italien
Date de sortie (France) : 20 mars 2002
Genre : Double meurtre
Durée : 2h15
Scénario : Julian Fellowes
D’après une idée de Robert Altman et Bob Balaban
Musique : Patrick Doyle
Directeur de la photographie : Andrew Dunn
Avec Eileen Atkins, Bob Balaban, Alan Bates, Charles Dance, Stephen
Fry, Michael Gambon, Richard E. Grant, Derek Jacobi, Kelly MacDonald,
Helen Mirren, Jeremy Northam, Clive Owen, Ryan Phillippe, Maggie Smith,
Kristin Scott Thomas, Emily Watson…
Synopsis : Les années 30. Un week-end de chasse dans un superbe château anglais. Tandis que les invités prennent le thé, une armée de domestiques s’active. Mais dans la nuit, le maître de maison est assassiné, victime d’un double meurtre…
Mon avis : « So british »
En novembre dernier, le cinéma était en deuil. L’un de ses derniers géants n’était plus. Robert Altman venait de tirer sa révérence. Un cinéaste qui aimait s’essayer un peu à tous les genres en prenant à chaque fois un malin plaisir à en détourner les codes. Un américain souvent pris pour un anglais en regard de sa capacité à réunir régulièrement tout le gratin des comédiens britanniques pour des films chorales aussi corrosifs qu’inspirés.
Gosford Park ne déroge pas à la règle. Merveille d’humour noir, ce portrait au vitriol de la société anglaise de l’entre deux guerres passe même pour certains comme sa plus grande réussite. Et on est facilement tenté de leur donner raison tant ce huis clos mâtiné d’Agatha Christie émerveille d’un générique à l’autre, qu’il s’agisse de la direction d’acteurs, de la mise en scène inspirée, des dialogues réjouissants, ou simplement de cet humour noir irrésistible.
Bénéficiant d’un remarquable travail d’écriture en amont, Gosford Park accomplit l’exploit de nous proposer une importante galerie de personnages « gratinés » sans pour autant les négliger. Véritable étude comportementale sur les acteurs d’une société d’apparences où chacun, qu’il soit maître ou valet, se doit de porter un masque, le récit n’en oublie pas pour autant de développer des thèmes hauts en couleur auxquels s’ajoute sur le tard une intrigue policière.
Toujours aussi incisif dans sa manière de détourner les genres, Altman nous dépeint une partie de chasse entre d’illustres sujets de sa majesté, mais à travers le regard de leurs domestiques. Des domestiques qu'on nous présente comme des doubles de leurs maîtres respectifs. Dès lors, le récit va consister en un incessant jeu de miroirs parfaitement maîtrisé où les secrets de chacun, qu’il soit du monde d’en haut ou du monde d’en bas, vont peu à peu nous être révélés. Et Dieu sait qu’il y en a des choses à cacher dans ce microcosme où tout le monde surveille tout le monde.
Bonheur de mise en scène, Gosford Park l’est aussi pour le spectateur de voir défiler pendant plus de deux heures autant de monstres sacrés britanniques (Charles Dance, Alan Bates, Michael Gambon, Derek Jacobi, Helen Mirren, Maggie Smith…) auxquels il convient d’ajouter quelques « petits jeunes » prometteurs. Parmi eux la brillante Kelly MacDonald, plus ou moins l’héroïne du film, un Ryan Phillippe en jeune séducteur trop sûr de lui, une Emily Watson émouvante de fragilité, sans oublier un Clive Owen impressionnant de par sa présence et sa prestance même quand il ne fait rien.
Sans trop rentrer dans le détail et surtout sans rien dévoiler, il convient de saluer la justesse et par conséquent la puissance émotionnelle que véhiculent certaines scènes. Je songe par exemple au passage vers la toute fin du film où Helen Mirren « craque », laissant loin derrière elle, brisé, son masque de femme autoritaire sans attaches, peu après avoir confessé sans sourciller à la jeune Mary : « Je suis la parfaite domestique, je n’ai pas de vie ». Au final, on constate que Robert Altman n’avait rien perdu de son mordant, allant même jusqu'à faire du maître de maison la proie de deux chasseurs isolés. Gosford Park mérite vraiment d’être dévoré à pleines dents. Attention, chef d’œuvre.
Note : 9,5/10










