Fiche technique
Film danois
Titre original : Babettes Gaestebud
Genre : Repas divin
Durée : 1h42
Scénario : Gabriel Axel, d’après l’œuvre de Karen Blixen
Directeur de la photographie : Henning Kristiansen
Musique : Per Norgaard
Avec Stéphane Audran (Babette), Hanne Stensgaard (Philippa jeune),
Brigitte Federspiel (Martine vieille), Bodil Kjer (Philippa vieille),
Vibeke Hastrup (Martine jeune), Jarl Kulle (Lorenz Lowenhielm vieux),
Bibi Andersson (une dame de la cour)…
Synopsis : Pour échapper à la sordide
répression de la Commune en 1871, Babette débarque un soir d'orage sur
la côte sauvage du Jutland au Danemark. Elle devient la domestique des
deux très puritaines filles du pasteur et s'intègre facilement dans
l'austère petite communauté. Mais après quatorze années d'exil, elle
reçoit des fonds inespérés qui vont lui permettre de rentrer dans sa
patrie. Elle propose avant son départ de préparer avec cet argent un
dîner français pour fêter dignement le centième anniversaire de la
naissance du défunt pasteur. (allocine)
Mon avis : Péché de chère n’est pas mortel
Gabriel Axel surprend son monde en 1987. Ce réalisateur typiquement danois acquiert avec Le festin de Babette
une reconnaissance internationale, obtenant même l’oscar du meilleur
film étranger. Le film, fidèlement adapté d’une nouvelle de Karen Blixen (dont l’adaptation de La ferme africaine
est sorti quelques années plus tôt), raconte l’histoire d’une petite
communauté de la région du Jutland au Danemark. Pas folichon me
direz-vous… il ne faut pas s’arrêter là.
Le début du film est d’un classicisme exemplaire. La vie de deux sœurs
puritaines en plein cœur du Danemark du dix-neuvième siècle ne prête
guère aux débordements. Très sagement mais non sans une certaine
distanciation, Gabriel Axel
nous narre les quelques soubresauts émotifs qui vont émailler leur vie
bien terne et dominée par un père tyrannique. Puis arrive par un temps
de pluie une intruse prénommée Babette ; échouée sur cette terre
inconnue, elle n’aura de cesse de s’intégrer à la communauté et y
réussira brillamment. Quand au bout de quatorze années de vie commune
elle décide de remercier ses hôtes avec un repas "à la française",
c’est le drame.
Nos prudes ouailles ne vont pas voir d’un très bon œil cette initiative
iconoclaste au pays de la piété et de l’abstinence. Elles décident
carrément, par peur de déclencher la fureur divine, de ne faire aucun
cas des diverses victuailles qui leurs seront servies durant le repas.
Il faut dire que Babette (superbe Stéphane Audran
dans un de ses plus beaux rôles) n’y va pas avec le dos de la cuiller :
soupe de tortue, blinis au foie gras, cailles en sarcophage… le menu a
de quoi déconcerter (sans compter la profusion de vin et autre
champagne).
La chaleur et les couleurs chatoyantes qui se dégagent de la cuisine de
Babette quand elle prépare son repas détonne avec les paysages austères
pourtant magnifiquement mis en valeur par la lumière du chef opérateur Henning Kristiansen. Stéphane Audran, qui a appris phonétiquement le danois pour le rôle, a dû se sentir bien seule dans ce casting sorti tout droit de chez Dreyer (Brigitte Federspiel, Lisbeth Movin…) ou Bergman (Bibi Andersson, Jarl Kulle…),
ce qui a sans doute contribué au décalage de culture que l’on peut
ressentir entre Babette et les habitants du village. En tout cas ne
faites pas la fine bouche : vous pouvez apprécier ce festin sans
modération aucune.
Ma note : 8/10










Commentaires
C?est une vie de dévotion que Martina (Brigitte Federspiel) et Philippa (Bodil Kjier) s?imposent sans remous ni révoltes.
Le père est dur, enclavé dans ses principes, la vie n?est offerte qu?a Dieu. Martina et Philippa un temps belles et désirables sont courtisées mais leurs destins est tracé. Ce sera une vie de dévotes triste loin des villes et des prétendants.
Babette (Stéphane Audran) en fuite se réfugie en bout de course dans ce lieu perdu, s?intègre, apprend le langage local, se dévoue et récolte l?admiration de toute cette faune isolée
Nantie par un gain soudain elle organise un succulent dîner français commémorant le centenaire de la naissance du père de Martina et Philippa. Elle trime en cuisine, les convives aux visages de pierres muselés par les contraintes religieuses s?interdisent toutes réactions devant ces plats servis hors du commun.
Peu à peu l?alcool aidant les visages se décrispent, la parole dévie des procédures implacables imposées par ces croyances pures et dures. Des gestes tendres sont distribués, des mains touchent des visages, des sourires illuminent des faces préalablement endormies.
Le général Lorentz (Kulle Jarl) ancien prétendant éconduit de Philippa se pâme devant ces cailles en sarcophages qui lui rappellent un séjour parisien agrémenté d?un merveilleux repas dans un café anglais dont le chef cuisinier n?est peut-être pas si loin.
Les efforts cachés sont la lumière du silence, quoi de plus merveilleux que de révéler son nom par l?odorat sans se montrer, s?isoler, transpirer dans l?indifférence, retranscrire ses passions par la disposition harmonieuse de mets dans une assiette, n?attendre aucune reconnaissance de convives rassasiés quittant cette sainte table ou certains se sont subitement éveillés à la vie.
Babette par cet anonymat se positionne à l?égal de cette petite communauté coupée du monde qui à l?écart de toute technologie fait fonctionner admirablement un fonction unique : L?amour des autres dans la dévotion de toute une vie.
Cette très belle nouvelle venteuse et aride de Karen Blixen remarquablement mise en images dénudées déclenche le débat métaphysique de fond de nos sociétés: Comment se projeter par les autres en se servant de l'obscurité comme une lumière.
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.