Fiche technique

Film américain
Date de sortie : 28 septembre 1977
Genre : Grosse cylindrée
Titre original : The Car
Durée : 1h36
Scénario : Michael Butler, Dennis Shryack et Lane Slate
Musique : Leonard Rosenman
Directeur de la photographie : Gerald Hirschfeld
Avec James Brolin, Kathleen Lloyd, John Marley, Ronny Cox, John Rubinstein, R.G. Armstrong…

 

Synopsis : Est ce un fantôme, un démon ou le diable lui-même ? Le shérif Wade Parent est en mission afin d'arrêter une berline noire monstrueuse qui a commencé à terroriser les habitants d'une petite ville du Nouveau-Mexique. Personne ne sait d'où elle vient et surtout qui la conduit. Ce qu'ils savent cependant c'est que cette berline qui provoque la terreur dans le village doit être détruite avant qu'il ne soit trop tard. (Allociné)

 

Mon avis : De l’influence de Spielberg sur le cinéma de genre américain…

 

En 1971 un téléfilm fait peu à peu parler de lui aux Etats-Unis, Duel. Grand Prix du Festival d’Avoriaz, cette course-poursuite en plein désert d’un banal employé de commerce par un camion dont on ne voit jamais le chauffeur hérisse les poils du public américain par son ancrage dans la réalité. Un road-movie plus tard (Sugarland Express), ce même réalisateur entrera dans la légende en déchiquetant des baigneurs avec son requin mécanique. Son nom ? Un certain Steven Spielberg.

 

L’influence de Duel sur The Car est indéniable. Le téléfilm de Spielberg sera d’ailleurs décliné un grand nombre de fois sur tous les supports. Un homme toutefois semble avoir été marqué plus que les autres, l’écrivain Stephen King, qui accouchera à lui seul de Christine (quand la voiture prend possession de son conducteur), Maximum Overdrive (les machines attaquent les humains), et on pourrait aussi évoquer l’imposante voiture fantôme de Max von Sydow dans Le Bazaar de l’épouvante.

 

On part donc sur le principe de quatre roues et un volant très méchants investis d’une aura maléfique (le Diable ?) et qui sèment la terreur dans une petite bourgade américaine. Sauf que d’entrée de jeu, le thème musical excite l’oreille. On a déjà entendu ces quelques notes quelque part, mais où ? Et puis tout revient d’un coup, c’est le thème angoissant qu’on découvre au début du Shining de Kubrick, quand la caméra est loin au-dessus de la voiture des Torrance, et qu’à semble-t-il réemployé Wendy Carlos.

 

Tout comme dans Duel, Elliot Silverstein, (auquel on doit aussi le western Un homme nommé cheval, 1969) secondé par son compositeur Leonard Rosenman, mise tout sur le suspens généré par son bolide, une énorme Lincoln noire blindée, aux vitres teintées de rouge, aux roues increvables et qui n’offre aucun moyen d’accéder à l’habitacle. Seul indice de l’existence du pilote (hormis le fait qu’elle est « pilotée »), les coups de klaxon à répétition qui résonnent quand le monstre s’apprête à faire de nouvelles victimes.

 

Là où le film pêche un peu par rapport à son modèle, c’est d’abord par la mauvaise gestion du suspens, permanent et crescendo chez Spielberg tandis qu’ici le récit alterne action et dialogues, ces derniers tuant un peu la peur dans l’œuf. De plus, là où Spielberg ne nous disait rien, ne nous expliquait rien, Silverstein s’essaye à un peu d’enquête paranormale, sans succès. Le problème vient aussi du fait que The Car ne comporte aucun véritable héros. James Brolin (qui sera à nouveau confronté au Diable dans Amityville) est finalement assez absent alors qu’on se souvient tous avoir partagé la même terreur que le regretté Dennis Weaver.

 

En outre, même si le film accumule un peu les clichés, on peut quand même relever quelques bonnes idées comme cette scène où le bolide accule toute la fanfare (qui n’a jamais rêvé de trucider toute une fanfare d’un seul coup ? Surtout le lendemain de la fête de la musique) de la ville dans le cimetière, véritable forêt de crucifix dont il n’osera pas franchir le seuil. Silverstein jalonne son récit d’indices concernant le caractère démoniaque de cette voiture qu’il filme comme un monstre, avançant par à coups tel un taureau grattant le sol avant de s’élancer en rugissant (le klaxon) au moment de fondre sur ses victimes. Dommage que le film soit aussi inégal et qu’on ait pas accordé plus d’importance à la voiture, véritable héroïne de l’histoire. Reste un bon petit film de genre qui passe comme une lettre à la poste.

 

Note : 6,5/10