Fiche technique
Film français
Date de sortie : 26 avril 1938
Genre : Pensionnat
Durée : 1h34
Scénario : Jean-Henri Blanchon. D’après le roman de Pierre Véry
Musique : Henri Verdun
Directeur de la photographie : Marcel Lucien
Avec Erich von Stroheim (le professeur d’anglais Walter), Michel Simon
(le professeur de dessin Lemel), Aimé Clariond (le directeur), Armand
Bernard (le concierge Mazeau), Robert le Vigan (César), Marcel
Mouloudji (Philippe Lacroy), Serge Grave (Beaume), Jean Claudio
(Sorgue), Charles Aznavour (un élève), Serge Reggiani (un élève)…
Synopsis : Dans le pensionnat Saint-Agil, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, règne une grande agitation après la disparition du jeune Sorgue, un des membres de la société secrète, les Chiche Capon. Alors que le professeur d’anglais Walter est soupçonné, c’est au tour du jeune Lacroy de disparaître…
Mon avis : Quand la disparition a du bon...
Adaptation fidèle du roman de Pierre Véry, Les Disparus de Saint-Agil est un superbe huis clos servi par d’excellents comédiens. Christian-Jaque équilibre parfaitement son récit, ménageant les rebondissements, multipliant les pistes, et profite de son casting de qualité pour composer des personnages aussi énigmatiques les uns que les autres. Comme c’est toujours le cas dans les films à tiroirs de la sorte, la première vision est la meilleure, la plus intense, celle où l’on mène soi-même son enquête, suspectant un tel, en innocentant un autre. Bien heureusement, il est une telle réussite que même après plusieurs visons le plaisir reste intact. Si vous avez aimé les tribulations de Sean Connery et Christian Slater dans le nom de la rose, très bonne adaptation d’Umberto Eco par Jean-Jacques Annaud, ce film vous ravira lui aussi.
Le personnage joué par Erich von Stroheim est particulièrement intéressant. Inquiétant professeur d’anglais au pensionnat, mais probablement d’origine allemande, il peine à s’intégrer en cette veille de Seconde Guerre Mondiale. Ses collègues ne le portent pas dans leur cœur et se réjouissent chaque fois qu’il a des ennuis. Parmi eux, le plus belliqueux est le professeur de dessin Level, sinistre alcoolique (formidable Michel Simon !) conscient d’avoir raté sa carrière d’artiste et se soulageant du mieux qu’il peut dans son animosité envers les élèves, et la boisson. Le trio Chiche Capon est lui aussi impeccable. Parmi eux, un certain Marcel Mouloudji, futur grand chansonnier. A noter aussi que parmi les élèves du pensionnat on retrouve les noms des encore tout jeunes Charles Aznavour et Serge Reggiani, à croire que tous les futurs grands noms de la chanson s’étaient donné rendez-vous dans le film de Christian-Jaque.
Ce film, c’est un agréable tableau de l’enfance, rêveuse, fougueuse, éprise de liberté et de grands espaces. Les Etats-Unis d’Amérique semblent la destination idéale. Ce Nouveau Monde s'annonce riche de promesses et de nombreuses aventures. Avec sa société secrète des Chiche Capon, son squelette Martin, ses rendez-vous nocturnes dans la classe de sciences naturelles, sa mystérieuse carte postale des Etats-Unis, son homme invisible (on retrouve d’ailleurs une petite allusion au roman de H.G. Wells), son silencieux Walter et même ses morceaux de salades, le film de Christian-Jaque est un régal de chaque instant, laissant libre court à notre imagination et à notre esprit de déduction. Malgré une fin un peu abracadabrante, ainsi que le sombre présage d’une guerre déjà inévitable, voici l’occasion d’un nostalgique voyage en enfance, pareil à ces films de pirates auxquels on n’avait de cesse de s’identifier et qui aujourd’hui encore ont le privilège d’accélérer notre pouls à la simple évocation de leur nom.
Note : 9/10









