Fiche technique
Film Sud-Coréen
Date de sortie : 03 septembre 2003
Genre : Tragédie silencieuse
Durée : 2h00
Scénario : Moo-Young Lee, Jong-Yong Lee et Ridame Park
Musique : Uhuhboo Project
Directeur de la photographie : Byung-il Kim
Avec Song Kang-Ho (Dongjin), Shin Ha-Kyun (Ryu), Bae Doona (Young-Mi), Lim Ji-Eun (La soeur de Ryu)...
Synopsis : Corée du Sud, de nos jours. Ryu (Shin Ha-Kyun), ouvrier sourd et muet, économise patiemment en attendant de pouvoir aider sa grande soeur (Lim Ji-Eun) à se faire greffer un rein sous peine de mort. Apprenant coup sur coup qu'il est incompatible avec sa soeur puis qu'il vient d'être licencié, Ryu, poussé par sa fiancée Young-Mi (Bae Doona), décide d'enlever la petite fille de son ancien patron Dongjin (Song Kang-Ho). Mais rien ne se passe comme prévu et Ryu sombre à une allure vertigineuse dans la spirale de la violence et sème les morts sur son passage.
Mon avis : Violence et passion
En prônant un réalisme total, le réalisateur coréen Chan-wook Park offre sa vision très pessimiste de la vie, qu'il considère comme une malédiction contre laquelle il faut se résoudre à lutter chaque jour, ou bien mourir. Il filme sans sourciller les meurtres d'une violence à la limite du soutenable et préfère se focaliser sur l'environnement qui a conduit les personnages à user de ce moyen extrême et sans retour possible.
Film noir poussé à l'extrême donc, Sympathy for Mr Vengeance hâpe littéralement le spectateur dans son étau de violence et de souffrance. Enserré par ces mâchoires omniprésentes du début à la fin du film, il ne lui reste plus qu'à observer les pérégrinations des deux principaux protagonistes, à savoir Ryu et Dongjin, et leur insoutenable chute dans la folie meurtrière.
La mise en scène est très efficace, percutante lorsqu'il le faut, un peu à la manière d'un Miike, et beaucoup plus contemplative lors des accalmies, généralement au bord de l'eau, cette fois ci à la manière de Kitano. On peut remarquer qu'une grande importance a été donnée aux raccords sons. Habituellement utilisés le plus discrètement possible pour enchaîner deux séquences sans une trop grande aide de l'image, ils sont ici au contraire utilisés pour attirer l'attention et irriter les sens en alerte. Dans la première moitiée du film ils se composent pour la plupart de l'infernal vacarme des machines de l'usine où travaille Ryu. Lui seul ne porte pas de casque pour protéger ses tympans, il est déjà sourd. On comprend alors le deuxième niveau de lecture que l'on peut accorder à ces raccords sons inhabituels.
Le film est marqué par les chutes consécutives puis parallèles des personnages de Ryu et de son patron Dongjin. Une frontière semble être franchie par les deux hommes au moment où ils sont frappés par la mort, celle de sa grande soeur pour Ryu et celle de sa fille pour Dongjin. A partir de cet instant plus rien ne compte sauf la vengeance. Les meurtres deviennent une manière de se libérer, une manière de réaliser que plus rien ne les rattache à la vie. La violence des meurtres et des tortures perpétrées symbolise ce besoin de trouver une justification à leurs actes. Peut-on massacrer plusieurs personnes, aussi méprisables soient-elles, pour la seule raison de penser pouvoir atténuer la douleur avec leur mort ? C'est la question que se pose longuement Dongjin quand il se retrouve au milieu de la rivière avec Ryu en face de lui, une confrontation qui plus le film avançait et plus elle devenait inévitable.
En définitive, un film magistral qui impose Chan-wook Park comme le futur "Empereur" du cinéma coréen. Le travail sur le son est remarquable, traduisant de manière subjective le chaos régnant chez ses personnages, et le thème de la vengeance est traité avec une telle justesse et un tel réalisme qu'on en ressort véritablement secoué et subjugué.
Note : 9/10










Commentaires
La vengeance est un plat qui se mange froid
Premier opus de la trilogie de Chan-Wook Park consacré à la vengeance, Sympathy for Mister Vengeance est un choc visuel et mental. Un scénario finement construit multipliant les points de vue (au risque de perdre le spectateur quelquefois) côtoie une réalisation à couper au couteau et des scènes à la limite du supportable. Un peu brouillon dans sa tentative de tout englober (le thème de la vengeance, le brûlot politique, les thèmes de société), le film est visuellement impressionnant et d'une puissance indéniable.
Le réalisateur nous plonge dans des univers opposés dans les deux parties du film (le "bourreau" puis la "victime") sans aucunement prendre parti. On est plongé dans l'univers opaque du héros sourd et muet comme dans le quotidien implacable de son patron. La violence est crue sans être outrancière : si on a envie de détourner les yeux de nombreuses fois, l'esthétisme n'est absolument pas gore mais plutôt clinique. Bref, une chose est sûre, on ne ressort pas indemne du visionnage de ce film et c'est un mal pour un bien : comme quoi le cinéma a des vertus cathartiques quelquefois.
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