Fiche technique
Date de sortie : 17 octobre 2001
Film français
Genre : Drame en stéréo
Durée : 1h50min
Musique : Alexandre Desplat
Photo : Mathieu Vadepied
Adaptation et dialogues : Tonino Benacquista et Jacques Audiard
Avec : Vincent Cassel, Emmanuelle Devos, Olivier Gourmet, Olivia Bonamy, Olivier Perrier, Bernard Alane…
Synopsis : Carla Bhem (Emmanuelle Devos) mène une existence solitaire. Atteinte de surdité et ne sachant pas se mettre en valeur, elle souffre du manque de considération des autres, notamment dans son emploi à la Sédim, une agence immobilière qui l’exploite depuis trois ans. Sa rencontre avec Paul Angeli (Vincent Cassel), tout juste sorti de prison, va changer son existence. Chacun va se servir de l’autre pour améliorer son quotidien…
Mon avis : Un polar qui fait du bruit...
Pour son troisième long métrage après Regarde les hommes tomber et Un héros très discret, le digne fils de Michel Audiard signe un polar de grande classe au rythme haletant. Vincent Cassel et Emmanuelle Devos forment un poignant couple de paumés, et Olivier Gourmet est parfait en caïd d’opérette. Le film bénéficie d’un traitement particulièrement énergique, alliant une mise en scène nerveuse et des dialogues finement ciselés. Il fait particulièrement songer à l’excellent Série noire d’Alain Corneau, où le couple de loosers Patrick Dewaere / Marie Trintignant essayait également de s’échapper de sa condition d’exploité.
Le film de Jacques Audiard baigne dans une atmosphère lourde, désenchantée. Les personnages de Paul et de Clara apparaissent comme des marginaux. Mis au ban de la société, ils survivent plus qu’ils ne vivent. Le thème de l’union fait la force était inévitable, et sert habilement le scénario. Les relations entre les deux héros, de par leur ambiguïté et leur violence, reflètent la tension érotique latente, ainsi que l’impression d’échouer chaque fois qu’ils entreprennent quelque chose. Chacun manipule l’autre pour essayer de s’en sortir. Clara essaye d’aider Paul, mais c’est dans l’espoir de lui plaire, les nombreuses scènes où on la voit fantasmer ou répéter ce qu’elle croit être un rencard, en sont une preuve flagrante. Paul ne comprend pas le pourquoi de cette gentillesse à son égard. Tout juste sorti de prison, le voilà à nouveau jeté dans une société qui n’a pas voulu de lui une première fois.
La relation de Clara vis à vis de son handicap est elle aussi intéressante. En partie à l’origine de ses tourments et de son existence solitaire, la surdité de Clara s’avère le seul moyen à sa disposition pour intéresser Paul. Elle qui ne voulait pas qu’on la voit employer le langage des sourds en public, se sert de l’aptitude qu’elle a développé, lire sur les lèvres des gens, pour tenter de séduire l’homme dont elle est éprise. Consciente d’être utilisée par son amie (jouée par Olivia Bonamy), elle est incapable de lui dire non. Même chose à son travail, où elle répond oui à tout ce qu’on lui demande et se laisse voler son travail depuis trois ans sans rien dire, sinon piquer des colères dans le placard de la photocopieuse. Ce manque de caractère va peu à peu s’amenuiser en fréquentant Paul, jusqu’à ce que la tendance s’inverse et qu’elle passe du statut de victime à celui de femme d’action. Elle tente de se défaire de ses angoisses pour plaire à Paul.
Hormis l’intrigue principale, il y a celle du contrôleur judiciaire Masson (Olivier Perrier) et de sa femme disparue. Il est regrettable que cette histoire ne serve pas plus le récit, hormis sur la fin, d’autant plus qu’elle semblait intéressante. Au lieu de ça, elle semble en décalage avec l’intrigue principale et sans rapport direct, son dénouement tombant un peu comme un cheveux sur la soupe. Toutefois ceci n’est qu’un détail, et le film de Jacques Audiard est vraiment de qualité avec un duo de comédiens exceptionnels, la musique d’Alexandre Desplat qui colle parfaitement à la tension dramatique, et un Olivier Gourmet qui impressionne une fois de plus. Un film qui démontre que les français savent encore faire des polars efficaces, et c’est tant mieux.
Les points forts : Scénario de qualité, mise en scène efficace, duo d'acteurs à la hauteur, rien ne manque à ce polar qu'on pourrait croire d'une autre époque.
Les points faibles : L'intrigue secondaire du contrôleur judiciaire aurait pu être développée davantage, on reste sur sa faim.
Note : 8/10









