Fiche technique

Film américain
Genre : Road-movie
Titre original : The Sugarland express
Durée : 1h45
Scénario : Hal Barwood et Matthew Robbins
D’après une histoire de Steven Spielberg, Hal Barwood et Matthew Robbins
Musique : John Williams
Directeur de la photographie : Vilmos Zsigmond
Avec Goldie Hawn (Lou Jean Poplin), William Atherton (Clovis Poplin), Michael Sacks (Maxwell Slide), Ben Johnson (capitaine Tanner), Gregory Walcott (officier Mashburn)…

 

Synopsis : Clovis Poplin s'apprête à être libéré de prison. Mais sa femme l'incite à s'évader pour aller récupérer leur enfant dans la ville de Sugarland. S'engage alors une course poursuite effrénée entre le duo, qui prend en otage un policier, et les autorités (allocine)

 

Mon avis : Quand Spielberg démarre sur les chapeaux de roues…

 

Premier véritable long métrage du futur enfant terrible d’Hollywood après son oppressant téléfilm Duel, The Sugarland express comporte déjà, en substance, tout ce qui va faire le succès des films suivants du réalisateur. Prix du scénario à Cannes, ce petit road-movie très maîtrisé n’est pas sans rappeler le Badlands de Terrence Malick, sorti la même année. Dans les deux cas un couple de gamins en fuite avec un doux rêve de liberté dans la tête, et ce même couple de paumés pris en chasse comme s’il s’agissait de dangereux criminels. Le traitement est par contre nettement différent. Tandis que Malick focalise son récit sur les deux jeunes gens et s’intéresse à leur psychologie, Spielberg joue plutôt la carte du divertissement bon enfant, le jeune couple devenant rapidement trio en sympathisant avec leur otage, un jeune officier de police, et considérés comme des stars par les habitants des bourgades qu'ils traversent.

 

Comme c’est très souvent le cas chez Spielberg, nous avons pour héros des personnages dont le lien familial est brisé depuis longtemps. Clovis est sur le point de sortir de prison alors que Lou Jean vient à peine d’être relâchée. Logiquement, la garde de leur enfant leur a été retirée. Ce manque d’attaches à ce qui pourrait être une famille normale va se focaliser sur le bébé, Langston, dont la volonté de Lou Jean de le récupérer va devenir le moteur du récit. Au départ peu enclin à s’évader alors qu’il est en centre de réinsertion, synonyme de liberté prochaine, Clovis va se laisser convaincre par Lou Jean et mettre ainsi son avenir grandement en danger. Ici aussi le film diffère de celui de Malick où Martin Sheen prenait les décisions, car c’est bel et bien Goldie Hawn qui mène la danse chez Spielberg, et se retrouve à l’origine de toutes les situations conflictuelles auxquelles sera confronté le couple en fuite.

 

On peut également remarquer à quel point le regard bienveillant du réalisateur pour son couple de héros se retranscrit chez les officiers de police à leurs trousses, notamment le capitaine Tanner (remarquable Ben Johnson, ancien protégé de John Ford puis de Sam Peckinpah). Tout au long du film, il met tout en œuvre pour calmer les choses et éviter un drame qu’il sait dors et déjà inévitable pour l’avoir certainement déjà connu par le passé. Mais il sait aussi qu’une femme privée de son enfant est capable de tout et peut facilement soulever des montagnes. Soulignons au passage la performance de Goldie Hawn, fraîchement auréolée de son Oscar du meilleur second rôle féminin dans la comédie Cactus Flower. A noter également que William Atherton effectue ici ses débuts sur le grand écran.

 

Se basant sur un fait divers, Spielberg a su mettre à profit son expérience sur son téléfilm Duel pour élaborer un récit parfaitement structuré et équilibré, ne souffrant que de très rares baisses de régime. Il a choisi un rythme relativement lent et rassurant, tirant davantage de la balade dominicale que du road-movie et installe ainsi une ambiance de comédie douce amère régulièrement relancée par des pics dramatiques, comme si les héros se rappelaient tout à coup qu’ils sont en route pour récupérer leur enfant. Tout cela renforce l’image que l’on se fait d’eux, des gosses malchanceux qui ont commis un peu trop de bêtises et qui cette fois ci risquent de payer le prix fort. Spielberg révèle pour la première fois son humanisme, avec déjà beaucoup de talent et un sens de la mise en scène hors pair. Curieusement, il choisit de le faire juste avant de dévorer des touristes avec son grand requin blanc. La magie d’Hollywood…

 

Note : 8/10