Fiche technique

Film canadien et britannique
Date de sortie : 13 novembre 2002
Genre : Fil-ature
Durée : 1h40
Scénario : David Cronenberg et Patrick McGrath
D’après le roman de Patrick McGrath
Musique : Howard Shore
Directeur de la photographie : Peter Suschitzky
Avec Ralph Fiennes (Spider), Miranda Richardson (Mrs Cleg, Yvonne, Mrs Wilkinson), Gabriel Byrne (Bill Cleg), Bradley Hall (Spider enfant), John Neville (Terrence), Lynn Redgrave (Mrs Wilkinson)…

 

Synopsis : Après plusieurs années d’internement, Spider est transféré dans un foyer de réinsertion dans les faubourgs de Londres. A quelques rues de là, enfant, il a vécu le drame qui a brisé sa vie. Spider replonge alors dans ses souvenirs et mène une étrange enquête qui va lui révéler ce qui s’est réellement passé.

 

Mon avis : Il y a pire que de perdre l’esprit, c’est de le retrouver.

 

Spider fut porté à bout de bras par Ralph Fiennes à qui l’on proposa le rôle sans pour autant qu’un financement et qu’un réalisateur n’aient été choisis. L’acteur se démena alors pour convaincre le cinéaste de tourner un scénario qui n’était, chose assez rare pour le souligner, pas de lui, et une fois le financement bouclé, le tournage pouvait commencer.

 

Cette adaptation du roman de Patrick McGrath, c’est l’occasion pour David Cronenberg de jouer une nouvelle fois avec le réel, ou plutôt ce qu’on a l’habitude de considérer comme le réel, sauf que cette fois ci le fil directeur n’est autre que la schizophrénie, maladie dont il a déjà filmé les effets, mais jamais les origines et les causes possibles. L’occasion pour lui de tisser une intrigue en apparence simple, et pourtant d’une efficacité redoutable.

 

Suite à un traumatisme durant son enfance, Spider n’est plus que l’ombre de lui-même. Une démarche d’homme de quatre-vingts ans alors qu’il en a à peine quarante, une silhouette de squelette ambulant, toute une série de tics (dont une obsession très marquée pour les bouts de ficelle) et une paranoïa exacerbée au moindre accrochage font de ce spectre enfantin une véritable éponge qui absorbe tout ce que le monde extérieur peut avoir de brutal à lui proposer.

 

Ralph Fiennes, qui s’est beaucoup investi en amont du tournage, livre une prestation qui restera sans doute dans les annales. Absolument méconnaissable, il est Spider, l’homme-enfant qui va partir à la découverte de sa mémoire à travers plusieurs épreuves de plus en plus douloureuses. Car Spider c'est avant tout une sorte de quête initiatique qui progresse vers la vérité, la réalité de la vérité. En revenant sur les lieux du drame, Spider va peu à peu donner l’impression d’éplucher un oignon, lui-même, enlevant successivement toutes les couches de mensonges rassurants (comme autant de chemises) qu’il a façonné durant son internement, pour finalement découvrir la vérité, et ses propres larmes de culpabilité.

 

Spider, film sur l’illusion de soi-même où Cronenberg fait preuve une nouvelle fois d’une maîtrise sans failles de la mise en scène. Particulièrement épurée dans ce film, tout comme cette lumière très crue, très franche, sans le moindre filtre, qui frappe le héros comme un poignard sa victime, elle contribue à contraster avec la complexité du héros, et des souvenirs qui lui reviennent dans le désordre, une image en chassant une autre, et le flot devenant de plus en plus important au point que la frontière entre passé et présent se fait toujours plus indistincte. Au final, un très beau film que ce Spider, preuve que même avec les idées des autres, David Cronenberg demeure et un grand maître à filmer et un grand maître à penser.

 

Note : 9/10