Film espagnol
Date de sortie : 19 mai 2006
Genre : Comédie fantomatique
Durée : 2h00
Scénario : Pedro Almodovar
Musique : Alberto Iglesias
Photo : José Luis Alcaine
Avec Penelope Cruz (Raimunda), Carmen Maura (Irene), Lola Duenas
(Sole), Blanca Portillo (Agustina), Yohana Cobo (Paula), Chus Lampreave
(Tante Paula), Antonio de la Torre (Paco)…
Synopsis : Ce n’est pas une tuile mais un toit tout entier qui tombe en l’espace de quelques heures sur la tête de Raimunda. Tandis qu’elle apprend la mort de sa tante Paula, elle doit dans le même temps cuisiner pour une équipe entière de tournage, jongler avec sa sœur qu’elle croit cinglée, accéder à la dernière demande d’une amie de la famille cancéreuse… et se débarrasser du cadavre de son homme…
Mon avis : Femmes au bord de la crise de nerfs
Pedro Almodovar est dans une forme olympique depuis Tout sur ma mère. Il l’a prouvé avec Parle avec elle puis La mauvaise éducation. Volver vient confirmer que Pedro ne faiblit pas, bien au contraire. Grâce à un scénario d’une intelligence rare, le roi de la Movida filme avec amour et humour une belle brochette d’actrices toutes aussi formidables les unes que les autres.
Avec Volver Almodovar effectue un retour fracassant à la comédie féminine qu’il affectionne tant. Pedro aime ses actrices, parfois même un peu trop. Mais bon, elles sont toutes si charmantes, particulièrement Penelope Cruz, qu’on ne lui reprochera pas de s’attarder plus que de raison sur le postérieur et le décolleté de sa petite protégée. Ce film marque également les retrouvailles entre le réalisateur et Carmen Maura. L’actrice n’avait plus été dirigée par Almodovar depuis Matador, dix sept ans plus tôt.
Des hommes par contre il n’est pas question. Radicalement absents, leurs rôles sont très limités. Seulement évoqué, le mari d’Irène était un coureur de jupons. Le propriétaire du restaurant, toujours à l’affût d’une ouverture avec Raimunda, disparaît en début de film pour ne plus réapparaître. Quant à Paco, après avoir laissé parler son instinct une fois de trop, il passe le reste du film dans un congélateur. Volver est résolument un film de femmes, dévoilées dans toute leur détresse mais aussi dans toute l’énergie qu’elles seules savent tirer de leur désespoir et de leur solitude.
Ce récit mêlant plusieurs histoires de femmes du même village c’est aussi l’occasion pour Almodovar de cerner avec beaucoup d’affection mais aussi beaucoup d’humour toutes les caractéristiques de la rase campagne espagnole. A la sortie du film je pensais que tout était exagéré, mais la colonie espagnole à mes côtés m’a aussitôt assuré du contraire. Voisinage y rime avec copinage tandis que les bisous pleuvent et sont particulièrement sonores. Et surtout, la superstition y occupe un rôle essentiel. Almodovar s’en est servi habilement pour développer une histoire de fantôme dans une veine réaliste.
Cette vue d’ensemble des trois générations d’une même famille que nous propose Almodovar souligne avec beaucoup de justesse les conflits et les tensions qui peuvent régner. La relation mère-fille est bien entendu mise en avant et étudiée sous toutes ses coutures. L’ennemi commun qui se dessine alors c’est le non-dit, le silence chaque jour un peu plus lourd qui pèse sur les cœurs des belligérantes. Le dénominateur commun, c’est la mort. Celle-ci est traitée avec légèreté (cf la scène d’introduction du film) et n’est pas vue comme une rupture mais plutôt comme une seconde naissance, l’occasion par exemple de tenir une promesse non tenue de son vivant.
Côté mise en scène, Almodovar sublime ses actrices comme jamais. Toutes sont formidables et méritent amplement leur prix d’interprétation collectif au festival de Cannes. En premier lieu Penelope Cruz, en quelque sorte l’héroïne du récit, toujours « au bord de la crise de nerfs » mais qui ne craque jamais. Les larmes qui parfois jaillissent de ses yeux sont toujours synonymes de silence et de visage détourné. Raimunda est une battante, et rien ne pourra changer cela. Enfin, un autre aspect primordial de ce film, et qui m’a sauté aux yeux dès les premières minutes, c’est cette impression de mouvement perpétuel, notamment quand les rares plans fixes (souvent très courts) sont rapidement évacués par un fondu enchaîné avec comme image superposée un travelling. Une manière de signifier que malgré les évènements tragiques qui se produisent, la vie doit continuer. Vous l’aurez compris, un très beau film.
Note : 9/10











Commentaires
Le monde de Pedro Almodovar est un monde baroque peuplé de mort, de hippies, de sexe? et de femmes . Après une incursion dans un univers purement masculin avec La mauvaise éducation, il revient donc avec ce Volver (qui signifie? retour en espagnol) à des histoires de femmes courageuses qui prennent leur destin en main. Car la famille de Raimunda est composée uniquement de femmes : sa fille la petite Paula, sa s?ur Soledad, sa tante Paula? et le fantôme de sa mère Irène qui hante tous les esprits. Au travers de diverses péripéties, Almodovar nous dresse donc le portrait de ces femmes, avec leur lourd passé et leurs combats au quotidien.
On ne peut s?empêcher de penser au cinéma néo-réaliste italien des années 50, avec ses histoires profondément humaines ancrées dans les quartiers populaires. A cet égard, Penélope Cruz, qui porte le film à bout de bras et livre une prestation remarquable, se montre la digne héritière d?une Anna Magnani ou d?une Sophia Loren, ces femmes plantureuses et courageuses, profondément populaires (voire prolétaires, dans le bon sens du terme). L?outrance du réalisateur est encore une fois à l?honneur, tant au niveau des décors et de costumes chamarrés que des situations poussives, qui paraîtraient grotesques chez tout autre cinéaste. Oui mais là, encore une fois, la pilule passe tout naturellement, on rentre pleinement dans le jeu et on sort en ayant passé deux heures pleines de rires et de larmes? d?émotions, tout simplement.
Ma note : 8/10
La "colonie espagnole" confirme que ce qui pourrait passer pour clichés ou exagérations n'en sont pas forcément, notamment les bisous à vous arracher la tête ou les superstitions : c'est un peu comme si j'étais partie en vacances ^^, surtout avec la V.O.
J'irais voir VOLVER dans deux semaines. Néanmoins je crois vous aimerais un commentaire sur TOUT Almodóvar depuis l'Espagne. (Veuillez excuser mes erreus de redaction)
On dit souvent en espagnol "No one is a prophet in his own home land". Mais Almodóvar en est une bizarre exception. Bizarre parce qu'il est exception seul au juste milieu. Oui, parce qu'il n'est aimé que par les jeunes femmes, les gents plus ibériques (c'est à dire, moins européenes)et par la critique frivole et /ou chauviniste qui aime tout le bordel des Prix Oscar. Par contre, il n'est pas aimé par les espectateurs standard ni pour la critique de cinema disons haute et moyène, ni par les gents "à penser" (Premier advertissement pour ne le confondre pas avec Buñuel, et ne lui donner plus de 6 points par film) Si vous avez des informations diferentes à cettes que je vous donne, elles sont pas impartiales par des raisons x y z. Cette que je vous dise, n'est pas ma opinion exacte,personel le, j'ai plutot essayé de faire une fidèle photographie.
Bien sur, il y a trois ou quatre films qui sont plutot bien aimès, moi même les avalerais, mais pas exactement les dernièrs. (Peut-être Volver, je peux pas dire. Entre les cinéfils et espectateurs, on peut dire que la chose est restée half and a half exacte. Pas mal) Comme vous comprendrez, je peux pas faire une longue analyse de tout ça dans cet petit lieu pour ècrire, mais, croyez moi, le regard sur Almodóvar n'est POINT du tout pareil en Espagne a cet que vous avez en France. Plus encore, ici les gents (et pas quatre, plutot quatre mille) se moquent de l'entousiasme critique que cette auteur vous ()suggere?) en France , et du même pour les etasunisiens. On pense que il est "shocking" en trois ou quatre points, qu'il est très habile en marqueting, qu'il a des clairs estilèmes décoratifs à vendre, qu'il travaille fort et avec "renarderie", et que d'acord à tout ça il gagne -plus que mérite- des reconaissements absolument exagerès. Et, surtout,il trouve des pardons pour ses claires défauts.Et puis il y a, internationalme nt, cet exotisme de l'Espagne des taureaux (qui est haissée, ne l'oubliez pas) par plus de la moitié d'Espagne même. En plus, certaines caracteristique s très anti-integristes de Pedro font des escandales (brillants) et cachent ces taureaux, mais, si on gratte un peu, ils sont là bien racinèes.
Donc, je veux pas entrer en ideologies, mais, en cinema, outre que son entousiasme et ses arts decoratives on voit clair ici en Espagne que la reste est un MIX, RE-MIX et SUPER-MIX. Bref, toujours auteur (c'est vraie) mais jamais inventeur. (En deux films, même un plagiaire deshonèste).
Alors, sont les français qui se trompent ou sont les espagnols? (et dire "espagnols" est dejà un resumée abousif)Je veux pas juger, ni être juste ou injuste, je voulais tout simplement vous informer que la vision d'Almodóvar en France est,pour le petit,et en vision panoramique depuis l'exterieur..... marecageuse. Surtout aux Festivals. Pourquoi? Je peux vous avancer au moins trois raisons, il doit y avoir des autres, j'imagine. L'une, on la voit tout de suite au text de La Lutine, pour vous le Sud sont LES VACANCES (il ne faudrait que ajouter ici Prosper Merimée, Bizet, Carmen, la paella et la sangria, c'est à dire, comme si je jugais Outback, óu un film de Peter Weir,(ou même Mad Max!!!) à partir de ma sympthie pour les cangours et les koalas !) Deux, Pedro est un auteur, alors TOUS NOUS avons un plus de benevolence, en cinema, pour les auteurs. Mème si on s'agit d'Ed Wood. Et trois, il montre toujours des choses avec des pulsions trés sexueelles, c'est à dire, on est toujours avec lui plus à l'aise que avec Bresson, ja! Ou, si je peut parler clair, la critique s'agace toujours si elle doit critiquer quelq'un qui vend liberté sexuelle, les cinefiles nous sommes toujours paniquès de se faire voir comme retrogràdes. Ça jamais !
N'imaginez en aucun cas que Almodóvar est haisé ou discriminé en Espagne. Quelques critiques, oui,quelques reactionaires, et surtout quelques compagnons professionels en contre. Mais la reste croient que il est ...correcte. La dernière idée que vous imaginerez depuis dehors !!! Shocking, briliant, mais correcte. Et un survivant, qui sait nager. Il sait remonter les films aussi. Et quelque fois, pas toujours, diriger acteurs. Comme meteur en scène, ici on dirait que, peut-être, le Nº 142 de l'Histoire (p. exemple), mais jamais un crack indispensable. En tout cas, derrière de cinq ou six autres "metteurs" espagnols (NON Amenábar, que cet un autre faux monnayeur pareil).
c'est ma façon à vous dire que, je crois, N'EST PAS QU'IL SOIT TROP EXIGÉ EN ESPAGNE, SINON QU'IL EST TRES TRES "SAUVÉ" EN FRANCE.
pROBABLEMENT PARCE QUE LA DISTRIBUTION DES FILMS ESPAGNOLS EN fRANCE EST tellement pauvre depuis les temps de C.Saura, que, au fond, vous desirez aimer les cineastes espagnols tant si'ls sont blancs comme s'ils sont noirs, et alors...
Et juste pour ça je vous écri, parce que j'aime bien lire votres critiques Sylkarion, et n'est pas joli à voire cette pointe de paternalisme vers toutes les choses "au Sud" qui (afflore?)si clairement en toutes les sympathies francaises pour l'exotiq Almodóvar.
Pas seulement les votres. Quant à vous, concrètement, la seule doute que j'ai, est pourquoi vous donnez, habituelment,co mbien des hauts points à chaque film. Ne pourriez vous être un peux plus selectifs ? Donner des 3, des 4, bien meritées? Moi je suis point du tout sadique, mais ici, chez nous, la realité des screens aux dernières décades porte aux critiques à ne sauver que un film de chaque quarante. Et il est peutêtre plus juste comme ça.
Je sais pas comme on finisse les lettres en français, alors, ... greetings for you. Et continuez vos efforts, s.v.p. Miquel
Il est vrai qu'en France Almodovar fait partie de ces réalisateurs qui trop souvent "généralisent" un cinéma étranger très mal distribué chez nous. Le cinéma Espagnol c'est Almodovar. Le cinéma Finlandais c'est Kaurimaki, etc...
Du coup, un point de vue Espagnol est le bienvenu ^^ J'ignorais par exemple que les films d'Almodovar étaient aussi "inspirés". Même chose pour l'image que véhicule Pédro chez lui. Surprenant. Et pour ce qui est des idées reçues sur un pays, on peut difficilement y faire quelque chose je pense. En tout cas votre commentaire donne envie d'aller explorer plus en profondeur le cinéma ibérique (espagnol ?).
Sinon, au sujet des notes que j'attribue aux films, je rappelle une fois encore qu'elles ne sont qu'indicatives, c'est avant tout la critique qui compte. Là je viens de mettre un 6/10 à un film d'Antonioni, ce qui est pour moi une mauvaise note. Mais le même 6 pour un réalisateur beaucoup moins talentueux (je donnerais pas de noms lol) sera une bonne, voire très bonne note.
Ma critique peut paraître quelque peu iconoclaste à un certain nombre de lecteurs, mais je ne peux souscrire à tous les points de vue et critiques concernant ce film.
Volver n'est pas un grand film. Loin de là! Et les prix et les récompenses ne prouvent absolument rien si ce n'est correspondre à des canons esthétiques voire à un certain académisme. Académisme et formalisme dans lequel Almodovar semble de plus en plus verser.
En effet, les thèmes développés dans ce film ne sont qu'une reprise de thèmes visités dans les films précédents. Des situations traitées dans ses films précédents sont reprises in extenso. Par exemple, la vie de famille et la mort du mari (par Cruz) n'est qu'un placage de "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?" (1984). Le thème de l'inceste est également un leit-motiv de l'oeuvre d'Almodovar, mais ici, il devient un poncif.
Le plus décevant finalement se situe dans le traitement même de ces thèmes. A vrai dire, l'élan créateur, l'enthousiasme et la fraîcheur des films d'Almodovar s'est envolée. Plus de magie! Plus de spontanéité créatrice!
Le drame de la critique française est d'encenser Almodovar à un moment où justement il se montre moins créatif. Le même syndrome touche Clint Eastwood dont l'oeuvre semble manquer de souffle et d'originalité et sombrer dans un style moins classique (dans lequel il a longtemps excellé) qu'académique. Et justement ce sont ses dernières oeuvres qui suscitent le plus d'enthousiasme de la part de la critique alors qu'elles sont les moins intéressantes.
Note : 4/10
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